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Alfred de Musset, amour, en français Effacer les filtres

TristeAlfred de Musset

Que j’aime le premier frisson d’hiver

Que j’aime le premier frisson d’hiver ! le chaume, Sous le pied du chasseur, refusant de ployer ! Quand vient la pie aux champs que le foin vert embaume, Au fond du vieux château s’éveille le foyer ; C’est le temps de la ville. — Oh ! lorsque, l’an dernier, J’y revins, que je vis ce bon Louvre et son dôme, Paris et sa fumée, et tout ce beau royaume (J’entends encore au vent les postillons crier), Que j’aimais ce temps gris, ces passants, et la Seine Sous ses mille falots assise en souveraine ! J’allais revoir l’hiver. — Et toi, ma vie, et toi, Oh ! dans tes longs regards j’allais tremper mon âme ; Je saluais tes murs. — Car, qui m’eût dit, madame, Que votre cœur sitôt avait changé pour moi ?
RomantiqueAlfred de Musset

Se voir le plus possible et s’aimer seulement

Se voir le plus possible et s’aimer seulement, Sans ruse et sans détours, sans honte ni mensonge, Sans qu’un désir nous trompe, ou qu’un remords nous ronge, Vivre à deux et donner son cœur à tout moment ; Respecter sa pensée aussi loin qu’on y plonge, Faire de son amour un jour au lieu d’un songe, Et dans cette clarté respirer librement, — Ainsi respirait Laure et chantait son amant. Vous dont chaque pas touche à la grâce suprême, C’est vous, la tête en fleurs, qu’on croirait sans souci, C’est vous qui me disiez qu’il faut aimer ainsi. Et c’est moi, vieil enfant du doute et du blasphème, Qui vous écoute, et pense, et vous réponds ceci : Oui, l’on vit autrement, mais c’est ainsi qu’on aime.
RomantiqueAlfred de Musset

Rappelle-toi

Rappelle-toi quand l’Aurore craintive Ouvre au Soleil son palais enchanté ; Rappelle-toi lorsque la Nuit pensive Passe en rêvant sous son voile argenté ; À l’appel du plaisir lorsque ton sein palpite, Aux doux songes du soir lorsque l’ombre t’invite, Écoute au fond des bois Murmurer une voix — Rappelle-toi. Rappelle-toi, lorsque les destinées M’auront de toi pour jamais séparé, Quand le chagrin, l’exil et les années Auront flétri ce cœur désespéré ; Songe à mon triste amour, songe à l’adieu suprême ! L’absence ni le temps ne sont rien quand on aime. Tant que mon cœur battra,
RomantiqueAlfred de Musset

L'Andalouse

Avez-vous vu, dans Barcelone, Une Andalouse au sein bruni ? Pâle comme un beau soir d’automne ? C’est ma maîtresse, ma lionne ! La marquesa d’Amaëgui. J’ai fait bien des chansons pour elle ; Je me suis battu bien souvent. Bien souvent j’ai fait sentinelle, Pour voir le coin de sa prunelle, Quand son rideau tremblait au vent. Elle est à moi, moi seul au monde. Ses grands sourcils noirs sont à moi, Son corps souple et sa jambe ronde, Sa chevelure qui l’inonde, Plus longue qu’un manteau de roi ! C’est à moi son beau col qui penche
RomantiqueAlfred de Musset

Chanson de Fortunio

Si vous croyez que je vais dire Qui j’ose aimer, Je ne saurais, pour un empire, Vous la nommer. Nous allons chanter à la ronde, Si vous voulez, Que je l’adore et qu’elle est blonde Comme les blés. Je fais ce que sa fantaisie Veut m’ordonner, Et je puis, s’il lui faut ma vie, La lui donner. Du mal qu’une amour ignorée Nous fait souffrir, J’en porte l’âme déchirée Jusqu’à mourir.