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Rêveur, Gérard de Nerval, en français Effacer les filtres

RêveurGérard de Nerval

Une allée du Luxembourg

Elle a passé, la jeune fille. Vive et preste comme un oiseau : À la main une fleur qui brille, À la bouche un refrain nouveau. C’est peut-être la seule au monde Dont le cœur au mien répondrait ; Qui venant dans ma nuit profonde D’un seul regard l’éclairerait !… Mais non, — ma jeunesse est finie… Adieu, doux rayon qui m’a lui, — Parfum, jeune fille, harmonie… Le bonheur passait — il a fui !
RêveurGérard de Nerval

Fantaisie

Il est un air pour qui je donnerais Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber ; Un air très-vieux, languissant et funèbre, Qui pour moi seul a des charmes secrets. Or, chaque fois que je viens à l’entendre, De deux cents ans mon âme rajeunit : C’est sous Louis treize… et je crois voir s’étendre Un coteau vert que le couchant jaunit, Puis un château de brique à coins de pierre, Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs, Ceint de grands parcs, avec une rivière Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs. Puis une dame, à sa haute fenêtre, Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens… Que, dans une autre existence peut-être, J’ai déjà vue ! — et dont je me souviens !
RêveurGérard de Nerval

Avril

Déjà les beaux jours, la poussière, Un ciel d’azur et de lumière, Les murs enflammés, les longs soirs ; Et rien de vert : à peine encore Un reflet rougeâtre décore Les grands arbres aux rameaux noirs ! Ce beau temps me pèse et m’ennuie, Ce n’est qu’après des jours de pluie Que doit surgir, en un tableau, Le printemps verdissant et rose ; Comme une nymphe fraîche éclose, Qui, souriante, sort de l’eau.