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Victor Hugo, mort, en français Effacer les filtres

TristeVictor Hugo

Veni, vidi, vixi

J’ai bien assez vécu, puisque dans mes douleurs Je marche sans trouver de bras qui me secourent, Puisque je ris à peine aux enfants qui m’entourent, Puisque je ne suis plus réjoui par les fleurs ; Puisqu’au printemps, quand Dieu met la nature en fête, J’assiste, esprit sans joie, à ce splendide amour ; Puisque je suis à l’heure où l’homme fuit le jour, Hélas ! et sent de tout la tristesse secrète ; Puisque l’espoir serein dans mon âme est vaincu ; Puisqu’en cette saison des parfums et des roses, Ô ma fille ! j’aspire à l’ombre où tu reposes, Puisque mon cœur est mort, j’ai bien assez vécu. Je n’ai pas refusé ma tâche sur la terre. Mon sillon ? Le voilà. Ma gerbe ? La voici.
TristeVictor Hugo

Oh ! je fus comme fou dans le premier moment

Oh ! je fus comme fou dans le premier moment, Hélas ! et je pleurai trois jours amèrement. Vous tous à qui Dieu prit votre chère espérance, Pères, mères, dont l’âme a souffert ma souffrance, Tout ce que j’éprouvais, l’avez-vous éprouvé ? Je voulais me briser le front sur le pavé ; Puis je me révoltais, et, par moments, terrible, Je fixais mes regards sur cette chose horrible, Et je n’y croyais pas, et je m’écriais : Non ! — Est-ce que Dieu permet de ces malheurs sans nom Qui font que dans le cœur le désespoir se lève ? — Il me semblait que tout n’était qu’un affreux rêve, Qu’elle ne pouvait pas m’avoir ainsi quitté, Que je l’entendais rire en la chambre à côté,
TristeVictor Hugo

Mors

Je vis cette faucheuse. Elle était dans son champ. Elle allait à grands pas moissonnant et fauchant, Noir squelette laissant passer le crépuscule. Dans l’ombre où l’on dirait que tout tremble et recule, L’homme suivait des yeux les lueurs de la faulx. Et les triomphateurs sous les arcs triomphaux Tombaient ; elle changeait en désert Babylone, Le trône en l’échafaud et l’échafaud en trône, Les roses en fumier, les enfants en oiseaux, L’or en cendre, et les yeux des mères en ruisseaux. Et les femmes criaient : — Rends-nous ce petit être. Pour le faire mourir, pourquoi l’avoir fait naître ? — Ce n’était qu’un sanglot sur terre, en haut, en bas ; Des mains aux doigts osseux sortaient des noirs grabats ;