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Triste, Victor Hugo, en français Effacer les filtres

TristeVictor Hugo

Oceano nox

Oh ! combien de marins, combien de capitaines Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines, Dans ce morne horizon se sont évanouis ! Combien ont disparu, dure et triste fortune ! Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune, Sous l’aveugle océan à jamais enfouis ! Combien de patrons morts avec leurs équipages ! L’ouragan de leur vie a pris toutes les pages Et d’un souffle il a tout dispersé sur les flots ! Nul ne saura leur fin dans l’abîme plongée. Chaque vague en passant d’un butin s’est chargée ; L’une a saisi l’esquif, l’autre les matelots ! Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues ! Vous roulez à travers les sombres étendues, Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus.
TristeVictor Hugo

Veni, vidi, vixi

J’ai bien assez vécu, puisque dans mes douleurs Je marche sans trouver de bras qui me secourent, Puisque je ris à peine aux enfants qui m’entourent, Puisque je ne suis plus réjoui par les fleurs ; Puisqu’au printemps, quand Dieu met la nature en fête, J’assiste, esprit sans joie, à ce splendide amour ; Puisque je suis à l’heure où l’homme fuit le jour, Hélas ! et sent de tout la tristesse secrète ; Puisque l’espoir serein dans mon âme est vaincu ; Puisqu’en cette saison des parfums et des roses, Ô ma fille ! j’aspire à l’ombre où tu reposes, Puisque mon cœur est mort, j’ai bien assez vécu. Je n’ai pas refusé ma tâche sur la terre. Mon sillon ? Le voilà. Ma gerbe ? La voici.
TristeVictor Hugo

Oh ! je fus comme fou dans le premier moment

Oh ! je fus comme fou dans le premier moment, Hélas ! et je pleurai trois jours amèrement. Vous tous à qui Dieu prit votre chère espérance, Pères, mères, dont l’âme a souffert ma souffrance, Tout ce que j’éprouvais, l’avez-vous éprouvé ? Je voulais me briser le front sur le pavé ; Puis je me révoltais, et, par moments, terrible, Je fixais mes regards sur cette chose horrible, Et je n’y croyais pas, et je m’écriais : Non ! — Est-ce que Dieu permet de ces malheurs sans nom Qui font que dans le cœur le désespoir se lève ? — Il me semblait que tout n’était qu’un affreux rêve, Qu’elle ne pouvait pas m’avoir ainsi quitté, Que je l’entendais rire en la chambre à côté,
TristeVictor Hugo

Mors

Je vis cette faucheuse. Elle était dans son champ. Elle allait à grands pas moissonnant et fauchant, Noir squelette laissant passer le crépuscule. Dans l’ombre où l’on dirait que tout tremble et recule, L’homme suivait des yeux les lueurs de la faulx. Et les triomphateurs sous les arcs triomphaux Tombaient ; elle changeait en désert Babylone, Le trône en l’échafaud et l’échafaud en trône, Les roses en fumier, les enfants en oiseaux, L’or en cendre, et les yeux des mères en ruisseaux. Et les femmes criaient : — Rends-nous ce petit être. Pour le faire mourir, pourquoi l’avoir fait naître ? — Ce n’était qu’un sanglot sur terre, en haut, en bas ; Des mains aux doigts osseux sortaient des noirs grabats ;
TristeVictor Hugo

Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin

Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin De venir dans ma chambre un peu chaque matin ; Je l’attendais ainsi qu’un rayon qu’on espère ; Elle entrait et disait : Bonjour, mon petit père ; Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s’asseyait Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait, Puis soudain s’en allait comme un oiseau qui passe. Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse, Mon œuvre interrompue, et, tout en écrivant, Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent Quelque arabesque folle et qu’elle avait tracée, Et mainte page blanche entre ses mains froissée Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers. Elle aimait Dieu, les fleurs, les astres, les prés verts,
TristeVictor Hugo

Demain, dès l’aube

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends. J’irai par la forêt, j’irai par la montagne. Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées, Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit, Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées, Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit. Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe, Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur, Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.