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Émile Nelligan, jeunesse, en français Effacer les filtres

TristeÉmile Nelligan

Le Jardin d'antan

Rien n’est plus doux aussi que de s’en revenir Comme après de longs ans d’absence, Que de s’en revenir Par le chemin du souvenir Fleuri de lys d’innocence, Au jardin de l’Enfance. Au jardin clos, scellé, dans le jardin muet D’où s’enfuirent les gaietés franches, Notre jardin muet Et la danse du menuet Qu’autrefois menaient sous branches Nos sœurs en robes blanches. Aux soirs d’Avrils anciens, jetant des cris joyeux Entremêlés de ritournelles, Avec des lieds joyeux Elles passaient, la gloire aux yeux,
TristeÉmile Nelligan

Devant deux portraits de ma mère

Ma mère, que je l’aime en ce portrait ancien, Peint aux jours glorieux qu’elle était jeune fille, Le front couleur de lys et le regard qui brille Comme un éblouissant miroir vénitien ! Ma mère que voici n’est plus du tout la même ; Les rides ont creusé le beau marbre frontal ; Elle a perdu l’éclat du temps sentimental Où son hymen chanta comme un rose poème. Aujourd’hui je compare, et j’en suis triste aussi, Ce front nimbé de joie et ce front de souci, Soleil d’or, brouillard dense au couchant des années. Mais, mystère de cœur qui ne peut s’éclairer ! Comment puis-je sourire à ces lèvres fanées ? Au portrait qui sourit, comment puis-je pleurer ?