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Contemplatif, Victor Hugo, en français Effacer les filtres

ContemplatifVictor Hugo

Soleils couchants

Le soleil s’est couché ce soir dans les nuées. Demain viendra l’orage, et le soir, et la nuit ; Puis l’aube, et ses clartés de vapeurs obstruées ; Puis les nuits, puis les jours, pas du temps qui s’enfuit ! Tous ces jours passeront ; ils passeront en foule Sur la face des mers, sur la face des monts, Sur les fleuves d’argent, sur les forêts où roule Comme un hymne confus des morts que nous aimons. Et la face des eaux, et le front des montagnes, Ridés et non vieillis, et les bois toujours verts S’iront rajeunissant ; le fleuve des campagnes Prendra sans cesse aux monts le flot qu’il donne aux mers. Mais moi, sous chaque jour courbant plus bas ma tête, Je passe, et, refroidi sous ce soleil joyeux,
ContemplatifVictor Hugo

Saison des semailles. Le soir

C’est le moment crépusculaire. J’admire, assis sous un portail, Ce reste de jour dont s’éclaire La dernière heure du travail. Dans les terres, de nuit baignées, Je contemple, ému, les haillons D’un vieillard qui jette à poignées La moisson future aux sillons. Sa haute silhouette noire Domine les profonds labours. On sent à quel point il doit croire À la fuite utile des jours. Il marche dans la plaine immense, Va, vient, lance la graine au loin, Rouvre sa main, et recommence, Et je médite, obscur témoin,
ContemplatifVictor Hugo

Le Mendiant

Un pauvre homme passait dans le givre et le vent. Je cognai sur ma vitre ; il s’arrêta devant Ma porte, que j’ouvris d’une façon civile. Les ânes revenaient du marché de la ville, Portant les paysans accroupis sur leurs bâts. C’était le vieux qui vit dans une niche au bas De la montée, et rêve, attendant, solitaire, Un rayon du ciel triste, un liard de la terre, Tendant les mains pour l’homme et les joignant pour Dieu. Je lui criai : — Venez vous réchauffer un peu. Comment vous nommez-vous ? — Il me dit : — Je me nomme Le pauvre. — Je lui pris la main : — Entrez, brave homme. — Et je lui fis donner une jatte de lait. Le vieillard grelottait de froid ; il me parlait.
ContemplatifVictor Hugo

J’aime l’araignée et j’aime l’ortie

J’aime l’araignée et j’aime l’ortie, Parce qu’on les hait ; Et que rien n’exauce et que tout châtie Leur morne souhait ; Parce qu’elles sont maudites, chétives, Noirs êtres rampants ; Parce qu’elles sont les tristes captives De leur guet-apens ; Parce qu’elles sont prises dans leur œuvre ; Ô sort ! fatals nœuds ! Parce que l’ortie est une couleuvre, L’araignée un gueux ; Parce qu’elles ont l’ombre des abîmes, Parce qu’on les fuit, Parce qu’elles sont toutes deux victimes De la sombre nuit.