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Rosemonde Gérard
Ils vont, les petits canards,
Tout au bord de la rivière,
Comme de bons campagnards.
Barboteurs et frétillards,
Heureux de troubler l’eau claire,
Ils vont, les petits canards.
Ils semblent un peu jobards,
Mais ils sont à leur affaire
Comme de bons campagnards.
Dans l’eau pleine de têtards,
Où tremble une herbe légère,
Ils vont, les petits canards,
Marchant, par groupes épars,
D’une allure régulière
Comme de bons campagnards.
Amoureux et nasillards,
Il est un air pour qui je donnerais
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber ;
Un air très-vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets.
Or, chaque fois que je viens à l’entendre,
De deux cents ans mon âme rajeunit :
C’est sous Louis treize… et je crois voir s’étendre
Un coteau vert que le couchant jaunit,
Puis un château de brique à coins de pierre,
Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
Ceint de grands parcs, avec une rivière
Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs.
Puis une dame, à sa haute fenêtre,
Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens…
Que, dans une autre existence peut-être,
J’ai déjà vue ! — et dont je me souviens !