Poèmes tristes

Poèmes tristes — une sélection des meilleures œuvres sur Poemship.

TristePaul Verlaine

Colloque sentimental

Dans le vieux parc solitaire et glacé Deux formes ont tout à l’heure passé. Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles, Et l’on entend à peine leurs paroles. Dans le vieux parc solitaire et glacé Deux spectres ont évoqué le passé. — Te souvient-il de notre extase ancienne ? — Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne ? — Ton cœur bat-il toujours à mon seul nom ? Toujours vois-tu mon âme en rêve ? — Non. — Ah ! les beaux jours de bonheur indicible Où nous joignions nos bouches ! — C’est possible. Qu’il était bleu, le ciel, et grand l’espoir ! — L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir. Tels ils marchaient dans les avoines folles, Et la nuit seule entendit leurs paroles.
TristePaul Verlaine

Chanson d'automne

Les sanglots longs Des violons De l’automne Blessent mon cœur D’une langueur Monotone. Tout suffocant Et blême, quand Sonne l’heure, Je me souviens Des jours anciens Et je pleure ; Et je m’en vais Au vent mauvais Qui m’emporte Deçà, delà,
TristeCharles Baudelaire

Spleen (J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans)

J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans. Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans, De vers, de billets doux, de procès, de romances, Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances, Cache moins de secrets que mon triste cerveau. C’est une pyramide, un immense caveau, Qui contient plus de morts que la fosse commune. — Je suis un cimetière abhorré de la lune, Où, comme des remords, se traînent de longs vers Qui s’acharnent toujours sur mes morts les plus chers. Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées, Où gît tout un fouillis de modes surannées, Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher, Seuls, respirent l’odeur d’un flacon débouché. Rien n’égale en longueur les boiteuses journées,
TristeMarceline Desbordes-Valmore

Souvenir

Quand il pâlit un soir, et que sa voix tremblante S’éteignit tout à coup dans un mot commencé ; Quand ses yeux, soulevant leur paupière brûlante, Me blessèrent d’un mal dont je le crus blessé ; Quand ses traits plus touchants, éclairés d’une flamme Qui ne s’éteint jamais, S’imprimèrent vivants dans le fond de mon âme, Il n’aimait pas : j’aimais !
TristeMarceline Desbordes-Valmore

Qu'en avez-vous fait ?

Vous aviez mon cœur, Moi, j’avais le vôtre : Un cœur pour un cœur ; Bonheur pour bonheur ! Le vôtre est rendu, Je n’en ai plus d’autre ; Le vôtre est rendu, Le mien est perdu ! La feuille et la fleur Et le fruit lui-même, La feuille et la fleur, L’encens, la couleur : Qu’en avez-vous fait, Mon maître suprême ? Qu’en avez-vous fait, De ce doux bienfait ?
TristeMarceline Desbordes-Valmore

Les Séparés

N’écris pas ! Je suis triste, et je voudrais m’éteindre ; Les beaux étés, sans toi, c’est l’amour sans flambeau. J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre ; Et, frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau. N’écris pas ! N’écris pas ! n’apprenons qu’à mourir à nous même. Ne demande qu’à Dieu… qu’à toi si je t’aimais. Au fond de ton silence écouter que tu m’aimes, C’est entendre le ciel sans y monter jamais. N’écris pas ! N’écris pas ! Je te crains ; j’ai peur de ma mémoire ; Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent. Ne montre pas l’eau vive à qui ne peut la boire. Une chère écriture est un portrait vivant. N’écris pas ! N’écris pas ces deux mots que je n’ose plus lire :
TristeJean-Baptiste Clément

Le Temps des cerises

Quand nous chanterons le temps des cerises, Et gai rossignol, et merle moqueur Seront tous en fête ! Les belles auront la folie en tête Et les amoureux, du soleil au cœur ! Quand nous chanterons le temps des cerises, Sifflera bien mieux le merle moqueur ! Mais il est bien court, le temps des cerises Où l’on s’en va deux, cueillir en rêvant Des pendants d’oreilles… Cerises d’amour aux roses pareilles, Tombant sous la feuille en gouttes de sang… Mais il est bien court, le temps des cerises, Pendants de corail qu’on cueille en rêvant ! Quand vous en serez au temps des cerises, Si vous avez peur des chagrins d’amour,
TristeGuillaume Apollinaire

L'Adieu du cavalier

Ah Dieu ! que la guerre est jolie Avec ses chants ses longs loisirs Cette bague je l’ai polie Le vent se mêle à vos soupirs Adieu ! voici le boute-selle Il disparut dans un tournant Et mourut là-bas tandis qu’elle Riait au destin surprenant
TristeGuillaume Apollinaire

Automne malade

Automne malade et adoré Tu mourras quand l’ouragan soufflera dans les roseraies Quand il aura neigé Dans les vergers Pauvre automne Meurs en blancheur et en richesse De neige et de fruits mûrs Au fond du ciel Des éperviers planent Sur les nixes nicettes aux cheveux verts et naines Qui n’ont jamais aimé Aux lisières lointaines Les cerfs ont bramé Et que j’aime ô saison que j’aime tes rumeurs Les fruits tombant sans qu’on les cueille Le vent et la forêt qui pleurent
TristeGuillaume Apollinaire

Automne

Dans le brouillard s’en vont un paysan cagneux Et son bœuf lentement dans le brouillard d’automne Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux Et s’en allant là-bas le paysan chantonne Une chanson d’amour et d’infidélité Qui parle d’une bague et d’un cœur que l’on brise Oh ! l’automne l’automne a fait mourir l’été Dans le brouillard s’en vont deux silhouettes grises
TristeGérard de Nerval

Les Cydalises

Où sont nos amoureuses ? Elles sont au tombeau : Elles sont plus heureuses Dans un séjour plus beau ! Elles sont près des anges, Dans le fond du ciel bleu, Et chantent les louanges De la mère de Dieu ! Ô blanche fiancée ! Ô jeune vierge en fleur ! Amante délaissée, Que flétrit la douleur : L’éternité profonde Souriait dans vos yeux… Flambeaux éteints du monde, Rallumez-vous aux cieux !
TristeÉmile Nelligan

Le Vaisseau d’or

Ce fut un grand Vaisseau taillé dans l’or massif : Ses mâts touchaient l’azur, sur des mers inconnues ; La Cyprine d’amour, cheveux épars, chairs nues, S’étalait à sa proue, au soleil excessif. Mais il vint une nuit frapper le grand écueil Dans l’Océan trompeur où chantait la Sirène, Et le naufrage horrible inclina sa carène Aux profondeurs du Gouffre, immuable cercueil. Ce fut un Vaisseau d’or, dont les flancs diaphanes Révélaient des trésors que les marins profanes, Dégoût, Haine et Névrose, entre eux ont disputé. Que reste-t-il de lui dans la tempête brève ? Qu’est devenu mon cœur, navire déserté ? Hélas ! Il a sombré dans l’abîme du Rêve !…