Poèmes contemplatifs

Poèmes contemplatifs — une sélection des meilleures œuvres sur Poemship.

ContemplatifArthur Rimbaud

Ô saisons, ô châteaux

Ô saisons, ô châteaux, Quelle âme est sans défauts ? Ô saisons, ô châteaux, J’ai fait la magique étude Du Bonheur, que nul n’élude. Ô vive lui, chaque fois Que chante son coq gaulois. Mais ! je n’aurai plus d’envie, Il s’est chargé de ma vie. Ce Charme ! il prit âme et corps, Et dispersa tous efforts. Que comprendre à ma parole ? Il fait qu’elle fuie et vole ! Ô saisons, ô châteaux !
ContemplatifVictor Hugo

Soleils couchants

Le soleil s’est couché ce soir dans les nuées. Demain viendra l’orage, et le soir, et la nuit ; Puis l’aube, et ses clartés de vapeurs obstruées ; Puis les nuits, puis les jours, pas du temps qui s’enfuit ! Tous ces jours passeront ; ils passeront en foule Sur la face des mers, sur la face des monts, Sur les fleuves d’argent, sur les forêts où roule Comme un hymne confus des morts que nous aimons. Et la face des eaux, et le front des montagnes, Ridés et non vieillis, et les bois toujours verts S’iront rajeunissant ; le fleuve des campagnes Prendra sans cesse aux monts le flot qu’il donne aux mers. Mais moi, sous chaque jour courbant plus bas ma tête, Je passe, et, refroidi sous ce soleil joyeux,
ContemplatifVictor Hugo

Saison des semailles. Le soir

C’est le moment crépusculaire. J’admire, assis sous un portail, Ce reste de jour dont s’éclaire La dernière heure du travail. Dans les terres, de nuit baignées, Je contemple, ému, les haillons D’un vieillard qui jette à poignées La moisson future aux sillons. Sa haute silhouette noire Domine les profonds labours. On sent à quel point il doit croire À la fuite utile des jours. Il marche dans la plaine immense, Va, vient, lance la graine au loin, Rouvre sa main, et recommence, Et je médite, obscur témoin,
ContemplatifVictor Hugo

Le Mendiant

Un pauvre homme passait dans le givre et le vent. Je cognai sur ma vitre ; il s’arrêta devant Ma porte, que j’ouvris d’une façon civile. Les ânes revenaient du marché de la ville, Portant les paysans accroupis sur leurs bâts. C’était le vieux qui vit dans une niche au bas De la montée, et rêve, attendant, solitaire, Un rayon du ciel triste, un liard de la terre, Tendant les mains pour l’homme et les joignant pour Dieu. Je lui criai : — Venez vous réchauffer un peu. Comment vous nommez-vous ? — Il me dit : — Je me nomme Le pauvre. — Je lui pris la main : — Entrez, brave homme. — Et je lui fis donner une jatte de lait. Le vieillard grelottait de froid ; il me parlait.
ContemplatifVictor Hugo

J’aime l’araignée et j’aime l’ortie

J’aime l’araignée et j’aime l’ortie, Parce qu’on les hait ; Et que rien n’exauce et que tout châtie Leur morne souhait ; Parce qu’elles sont maudites, chétives, Noirs êtres rampants ; Parce qu’elles sont les tristes captives De leur guet-apens ; Parce qu’elles sont prises dans leur œuvre ; Ô sort ! fatals nœuds ! Parce que l’ortie est une couleuvre, L’araignée un gueux ; Parce qu’elles ont l’ombre des abîmes, Parce qu’on les fuit, Parce qu’elles sont toutes deux victimes De la sombre nuit.
ContemplatifTristan Corbière

Le Crapaud

Un chant dans une nuit sans air… — La lune plaque en métal clair Les découpures du vert sombre. … Un chant ; comme un écho, tout vif Enterré, là, sous le massif… — Ça se tait : Viens, c’est là, dans l’ombre… — Un crapaud ! — Pourquoi cette peur, Près de moi, ton soldat fidèle ! Vois-le, poète tondu, sans aile, Rossignol de la boue… — Horreur ! — … Il chante. — Horreur !! — Horreur pourquoi ? Vois-tu pas son œil de lumière… Non : il s’en va, froid, sous sa pierre. Bonsoir — ce crapaud-là c’est moi.
ContemplatifSully Prudhomme

Les Yeux

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux, Des yeux sans nombre ont vu l’aurore ; Ils dorment au fond des tombeaux, Et le soleil se lève encore. Les nuits, plus douces que les jours, Ont enchanté des yeux sans nombre ; Les étoiles brillent toujours, Et les yeux se sont remplis d’ombre. Oh ! qu’ils aient perdu le regard, Non, non, cela n’est pas possible ! Ils se sont tournés quelque part Vers ce qu’on nomme l’invisible ; Et comme les astres penchants Nous quittent, mais au ciel demeurent, Les prunelles ont leurs couchants, Mais il n’est pas vrai qu’elles meurent.
ContemplatifPaul Verlaine

Le Faune

Un vieux faune de terre cuite Rit au centre des boulingrins, Présageant sans doute une suite Mauvaise à ces instants sereins Qui m’ont conduit et t’ont conduite, Mélancoliques pèlerins, Jusqu’à cette heure dont la fuite Tournoie au son des tambourins.
ContemplatifPaul Verlaine

L’échelonnement des haies

L’échelonnement des haies Moutonne à l’infini, mer Claire dans le brouillard clair Qui sent bon les jeunes baies. Des arbres et des moulins Sont légers sur le vert tendre Où vient s’ébattre et s’étendre L’agilité des poulains. Dans ce vague d’un Dimanche Voici se jouer aussi De grandes brebis aussi Douces que leur laine blanche. Tout à l’heure déferlait L’onde, roulée en volutes, De cloches comme des flûtes Dans le ciel comme du lait.
ContemplatifPaul Verlaine

Écoutez la chanson bien douce

Écoutez la chanson bien douce Qui ne pleure que pour vous plaire, Elle est discrète, elle est légère : Un frisson d’eau sur de la mousse ! La voix vous fut connue (et chère !), Mais à présent elle est voilée Comme une veuve désolée, Pourtant comme elle encore fière, Et dans les longs plis de son voile Qui palpite aux brises d’automne, Cache et montre au cœur qui s’étonne La vérité comme une étoile. Elle dit, la voix reconnue. Que la bonté c’est notre vie. Que de la haine et de l’envie Rien ne reste, la mort venue.
ContemplatifPaul Valéry

Les Grenades

Dures grenades entr’ouvertes Cédant à l’excès de vos grains, Je crois voir des fronts souverains Éclatés de leurs découvertes ! Si les soleils par vous subis, Ô grenades entre-bâillées Vous ont fait d’orgueil travaillées Craquer les cloisons de rubis, Et que si l’or sec de l’écorce À la demande d’une force Crève en gemmes rouges de jus, Cette lumineuse rupture Fait rêver une âme que j’eus De sa secrète architecture.
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