Spleen (J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans) — Résumé

J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans.

Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans, De vers, de billets doux, de procès, de romances, Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances, Cache moins de secrets que mon triste cerveau. C’est une pyramide, un immense caveau, Qui contient plus de morts que la fosse commune.

— Je suis un cimetière abhorré de la lune, Où, comme des remords, se traînent de longs vers Qui s’acharnent toujours sur mes morts les plus chers. Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées, Où gît tout un fouillis de modes surannées, Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher, Seuls, respirent l’odeur d’un flacon débouché.

Rien n’égale en longueur les boiteuses journées, Quand sous les lourds flocons des neigeuses années L’Ennui, fruit de la morne incuriosité, Prend les proportions de l’immortalité.

— Désormais tu n’es plus, ô matière vivante ! Qu’un granit entouré d’une vague épouvante, Assoupi dans le fond d’un Saharah brumeux ! Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux, Oublié sur la carte, et dont l’humeur farouche Ne chante qu’aux rayons du soleil qui se couche !

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Le locuteur de Baudelaire se sent saturé de souvenirs, plus vieux que mille ans. Son cerveau devient un meuble débordant de papiers intimes et de traces du passé, puis une pyramide ou un caveau rempli de morts. Il se décrit comme un cimetière que la lune fuit, où des vers s’acharnent sur ses morts les plus chers, et comme un boudoir fané, plein de modes oubliées et de parfums éventés. Le décor est à la fois matériel et mental, encombré de reliques, de cheveux, de flacons. Cette accumulation de métaphores crée une atmosphère étouffante et funèbre. Le temps lui-même devient boiteux : sous la neige des années, l’Ennui prend des proportions immenses, presque immortelles. À la fin, l’être vivant se fige en granit, sphinx oublié dans un désert brumeux. Tout semble immobile, poussiéreux, déjà mort. C’est le spleen, cette mélancolie lourde, avec une sensation d’enlisement, d’isolement et de paralysie intérieure.

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