Victor Hugo affirme ici sa tendresse pour l’araignée et l’ortie, justement parce qu’elles sont détestées, maudites, repoussantes. Il les voit comme des prisonnières de leur propre nature, victimes de la nuit et du dégoût qu’elles inspirent. Le poète ne se contente pas de les défendre : il demande aux passants de les épargner, de plaindre leur laideur et leur piqûre. Le ton est à la fois sombre et compatissant, porté par une pitié profonde pour tout ce qui est rejeté. La fin s’adoucit : si l’on cesse d’écraser ces créatures et si on les regarde sans mépris, elles murmurent le mot « Amour ». L’idée est claire : même les êtres les plus laids ou les plus craints portent en eux une mélancolie et un besoin d’affection. Hugo invite à élargir la pitié jusqu’aux formes de vie les plus humbles.
J’aime l’araignée et j’aime l’ortie — Résumé
J’aime l’araignée et j’aime l’ortie, Parce qu’on les hait ; Et que rien n’exauce et que tout châtie Leur morne souhait ;
Parce qu’elles sont maudites, chétives, Noirs êtres rampants ; Parce qu’elles sont les tristes captives De leur guet-apens ;
Parce qu’elles sont prises dans leur œuvre ; Ô sort ! fatals nœuds ! Parce que l’ortie est une couleuvre, L’araignée un gueux ;
Parce qu’elles ont l’ombre des abîmes, Parce qu’on les fuit, Parce qu’elles sont toutes deux victimes De la sombre nuit.
Passants, faites grâce à la plante obscure, Au pauvre animal. Plaignez la laideur, plaignez la piqûre, Oh ! plaignez le mal !
Il n’est rien qui n’ait sa mélancolie ; Tout veut un baiser. Dans leur fauve horreur, pour peu qu’on oublie De les écraser,
Pour peu qu’on leur jette un œil moins superbe, Tout bas, loin du jour, La vilaine bête et la mauvaise herbe Murmurent : Amour !