Marceline Desbordes-Valmore
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Qu'en avez-vous fait ?
Vous aviez mon cœur, Moi, j’avais le vôtre : Un cœur pour un cœur ; Bonheur pour bonheur !
Le vôtre est rendu, Je n’en ai plus d’autre ; Le vôtre est rendu, Le mien est perdu !
La feuille et la fleur Et le fruit lui-même, La feuille et la fleur, L’encens, la couleur :
Qu’en avez-vous fait, Mon maître suprême ? Qu’en avez-vous fait, De ce doux bienfait ?
Comme un pauvre enfant Quitté par sa mère, Comme un pauvre enfant Que rien ne défend,
Vous me laissez là, Dans ma vie amère ; Vous me laissez là, Et Dieu voit cela !
Savez-vous qu’un jour L’homme est seul au monde ? Savez-vous qu’un jour Il revoit l’amour ?
Vous appellerez, Sans qu’on vous réponde, Vous appellerez ; Et vous songerez !…
Vous viendrez rêvant Sonner à ma porte ; Ami comme avant, Vous viendrez rêvant.
Et l’on vous dira : « Personne !… elle est morte. » On vous le dira ; Mais qui vous plaindra ?
Souvenir
Quand il pâlit un soir, et que sa voix tremblante S’éteignit tout à coup dans un mot commencé ; Quand ses yeux, soulevant leur paupière brûlante, Me blessèrent d’un mal dont je le crus blessé ; Quand ses traits plus touchants, éclairés d’une flamme Qui ne s’éteint jamais, S’imprimèrent vivants dans le fond de mon âme, Il n’aimait pas : j’aimais !
Biography
Marceline Desbordes-Valmore est une poétesse française née à Douai en 1786 et morte à Paris en 1859. Elle exerce d'abord comme actrice avant de se consacrer à l'écriture poétique. Sa poésie se caractérise par une tonalité élégiaque et une expressivité des émotions. Les thèmes récurrents de son œuvre incluent l'amour malheureux, le deuil, la foi et l'amour maternel. Elle compose des élégies, des romances et des poèmes lyriques. Parmi ses recueils figurent « Élégies et romances » (1819), « Les Pleurs » (1833) et « Pauvres fleurs » (1839). Son écriture, qui privilégie la sincérité et la musicalité, a influencé les poètes romantiques et symbolistes. Paul Verlaine la cite comme une source d'inspiration dans son essai « Les Poètes maudits ». Elle est l'une des premières femmes poètes à acquérir une reconnaissance en France. Sa place dans la littérature française est celle d'une figure de transition entre le néoclassicisme et le romantisme.
