Sully Prudhomme

Sully Prudhomme est un poète français du XIXe siècle, associé au mouvement parnassien. Il est connu pour une poésie philosophique et mélancolique, et fut le premier lauréat du prix Nobel de littérature en 1901. Biography ↓More ↓

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Les Berceaux

Après le départ des oiseaux, Les nids abandonnés pourrissent. Que sont devenus nos berceaux ? De leur bois les vers se nourrissent.

Le mien traîne au fond des greniers, L’oubli morne et lent le dévore ; Je l’embrasserais volontiers, Car mon enfance y rit encore.

C’est là que j’avais nuit et jour, Pour ciel de lit, des yeux de mère Où mon âme épelait l’amour Et ma prunelle la lumière.

Sur le cœur d’amis sûrs et bons, Femmes sans tache, sur le vôtre, C’est un berceau que nous rêvons Sous une forme ou sous une autre.

Cet instinct de vivre blottis Dure encore à l’âge où nous sommes ; Pourquoi donc, si tôt trop petits, Berceaux, trahissez-vous les hommes ?

Les Yeux

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux, Des yeux sans nombre ont vu l’aurore ; Ils dorment au fond des tombeaux, Et le soleil se lève encore.

Les nuits, plus douces que les jours, Ont enchanté des yeux sans nombre ; Les étoiles brillent toujours, Et les yeux se sont remplis d’ombre.

Oh ! qu’ils aient perdu le regard, Non, non, cela n’est pas possible ! Ils se sont tournés quelque part Vers ce qu’on nomme l’invisible ;

Et comme les astres penchants Nous quittent, mais au ciel demeurent, Les prunelles ont leurs couchants, Mais il n’est pas vrai qu’elles meurent.

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux, Ouverts à quelque immense aurore, De l’autre côté des tombeaux Les yeux qu’on ferme voient encore.

Prière

Ah ! Si vous saviez comme on pleure De vivre seul et sans foyers, Quelquefois devant ma demeure Vous passeriez.

Si vous saviez ce que fait naître Dans l’âme triste un pur regard, Vous regarderiez ma fenêtre Comme au hasard.

Si vous saviez quel baume apporte Au cœur la présence d’un cœur, Vous vous assoiriez sous ma porte Comme une sœur.

Si vous saviez que je vous aime, Surtout si vous saviez comment, Vous entreriez peut-être même Tout simplement.

Soupir

Ne jamais la voir ni l’entendre, Ne jamais tout haut la nommer, Mais, fidèle, toujours l’attendre, Toujours l’aimer.

Ouvrir les bras et, las d’attendre, Sur le néant les refermer, Mais encor, toujours les lui tendre, Toujours l’aimer.

Ah ! Ne pouvoir que les lui tendre, Et dans les pleurs se consumer, Mais ces pleurs toujours les répandre, Toujours l’aimer.

Ne jamais la voir ni l’entendre, Ne jamais tout haut la nommer, Mais d’un amour toujours plus tendre Toujours l’aimer.

Biography

Sully Prudhomme, de son nom complet René François Armand Prudhomme, est un poète français né en 1839 et mort en 1907. Il s'est d'abord formé aux sciences avant de se consacrer à la littérature et de rejoindre le mouvement parnassien. Sa poésie allie une grande rigueur formelle à une sensibilité mélancolique et à des préoccupations philosophiques et scientifiques. Ses premiers recueils, comme 'Stances et Poèmes' (1865) et 'Les Épreuves' (1866), lui apportent la reconnaissance. Dans 'Les Solitudes' (1869), il explore l'introspection et la quête d'idéal. Avec 'La Justice' (1878) et 'Le Bonheur' (1888), il aborde des thèmes métaphysiques et moraux. Il est également l'auteur d'essais sur l'art et la poésie. Il a été le premier écrivain à recevoir le prix Nobel de littérature, en 1901. Son influence sur la poésie française de la fin du XIXe siècle est notable, bien que son œuvre ait été ensuite partiellement éclipsée par le symbolisme.

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