Poèmes joyeux

Poèmes joyeux — une sélection des meilleures œuvres sur Poemship.

JoyeuxLouis Bouilhet

Chanson d'avril

Lève-toi ! lève-toi ! le printemps vient de naître. Là-bas, sur les vallons, flotte un réseau vermeil. Tout frissonne au jardin, tout chante, et ta fenêtre, Comme un regard joyeux, est pleine de soleil. Les larges espaliers, couverts de boutons roses, De leur haleine douce embaument le ciel pur. Seule, la vigne est nue, et, près des fleurs écloses, Comme un serpent transi rampe au long du vieux mur. Du côté des lilas aux touffes violettes, Mouches et papillons bruïssent à la fois ; Et le muguet sauvage, ébranlant ses clochettes, A réveillé l’amour endormi dans les bois. Puisque avril a semé ses marguerites blanches, Laisse ta mante lourde et ton manchon frileux ;
JoyeuxGuillaume Apollinaire

Le Chat

Je souhaite dans ma maison Une femme ayant sa raison, Un chat passant parmi les livres, Des amis en toute saison Sans lesquels je ne peux pas vivre.
JoyeuxVictor Hugo

La Coccinelle

Elle me dit : Quelque chose Me tourmente. Et j’aperçus Son cou de neige, et, dessus, Un petit insecte rose. J’aurais dû — mais, sage ou fou, À seize ans, on est farouche, — Voir le baiser sur sa bouche Plus que l’insecte à son cou. On eût dit un coquillage ; Dos rose et taché de noir. Les fauvettes pour nous voir Se penchaient dans le feuillage. Sa bouche fraîche était là : Je me courbai sur la belle, Et je pris la coccinelle ; Mais le baiser s’envola.
JoyeuxTristan Corbière

Petit mort pour rire

Va vite, léger peigneur de comètes ! Les herbes au vent seront tes cheveux ; De ton œil béant jailliront les feux Follets, prisonniers dans les pauvres têtes… Les fleurs de tombeau qu’on nomme Amourettes Foisonneront plein ton rire terreux… Et les myosotis, ces fleurs d’oubliettes… Ne fais pas le lourd : cercueils de poètes Pour les croque-morts sont de simples jeux, Boîtes à violon qui sonnent le creux… Ils te croiront mort — Les bourgeois sont bêtes — Va vite, léger peigneur de comètes !
JoyeuxThéophile Gautier

Premier sourire du printemps

Tandis qu’à leurs œuvres perverses Les hommes courent haletants, Mars qui rit, malgré les averses, Prépare en secret le printemps. Pour les petites pâquerettes, Sournoisement, lorsque tout dort, Il repasse des collerettes Et cisèle des boutons d’or. Dans le verger et dans la vigne Il s’en va, furtif perruquier, Avec une houppe de cygne, Poudrer à frimas l’amandier. La nature au lit se repose ; Lui, descend au jardin désert Et lace les boutons de rose Dans leur corset de velours vert.
JoyeuxRosemonde Gérard

Villanelle des petits canards

Ils vont, les petits canards, Tout au bord de la rivière, Comme de bons campagnards. Barboteurs et frétillards, Heureux de troubler l’eau claire, Ils vont, les petits canards. Ils semblent un peu jobards, Mais ils sont à leur affaire Comme de bons campagnards. Dans l’eau pleine de têtards, Où tremble une herbe légère, Ils vont, les petits canards, Marchant, par groupes épars, D’une allure régulière Comme de bons campagnards. Amoureux et nasillards,
JoyeuxPierre Dupont

Les Bœufs

J’ai deux grands bœufs dans mon étable, Deux grands bœufs blancs marqués de roux ; La charrue est en bois d’érable, L’aiguillon en branche de houx ; C’est par leurs soins qu’on voit la plaine Verte l’hiver, jaune l’été ; Ils gagnent dans une semaine Plus d’argent qu’ils n’en ont coûté. S’il me fallait les vendre, J’aimerais mieux me pendre ; J’aime Jeanne ma femme : eh bien, j’aimerais mieux La voir mourir, que voir mourir mes bœufs. Les voyez-vous, les belles bêtes, Creuser profond et tracer droit, Bravant la pluie et les tempêtes, Qu’il fasse chaud, qu’il fasse froid.
JoyeuxPaul Verlaine

Pantomime

Pierrot qui n’a rien d’un Clitandre Vide un flacon sans plus attendre, Et, pratique, entame un pâté. Cassandre au fond de l’avenue, Verse une larme méconnue. Sur son neveu déshérité. Ce faquin d’Arlequin combine L’enlèvement de Colombine Et pirouette quatre fois. Colombine rêve, surprise De sentir un cœur dans la brise Et d’entendre en son cœur des voix.
JoyeuxPaul Verlaine

Mandoline

Les donneurs de sérénades Et les belles écouteuses Échangent des propos fades Sous les ramures chanteuses. C’est Tircis et c’est Aminte, Et c’est l’éternel Clitandre, Et c’est Damis qui pour mainte Cruelle fait maint vers tendre. Leurs courtes vestes de soie, Leurs longues robes à queues, Leur élégance, leur joie Et leurs molles ombres bleues Tourbillonnent dans l’extase D’une lune rose et grise, Et la mandoline jase Parmi les frissons de brise.
JoyeuxPaul Valéry

Le Sylphe

Ni vu ni connu Je suis le parfum Vivant et défunt Dans le vent venu ! Ni vu ni connu Hasard ou génie ? À peine venu La tâche est finie ! Ni lu ni compris ? Aux meilleurs esprits Que d’erreurs promises ! Ni vu ni connu, Le temps d’un sein nu Entre deux chemises !
JoyeuxGuillaume Apollinaire

Le Dromadaire

Avec ses quatre dromadaires Don Pedro d’Alfaroubeira Courut le monde et l’admira. Il fit ce que je voudrais faire Si j’avais quatre dromadaires.