L'Automne — Analyse du poème

Salut, bois couronnés d’un reste de verdure ! Feuillages jaunissants sur les gazons épars ! Salut, derniers beaux jours ! le deuil de la nature Convient à la douleur, et plaît à mes regards.

Je suis d’un pas rêveur le sentier solitaire ; J’aime à revoir encor, pour la dernière fois, Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière Perce à peine à mes pieds l’obscurité des bois.

Oui, dans ces jours d’automne où la nature expire, À ses regards voilés je trouve plus d’attraits ; C’est l’adieu d’un ami, c’est le dernier sourire Des lèvres que la mort va fermer pour jamais.

Ainsi, près de quitter l’horizon de la vie, Pleurant de mes longs jours l’espoir évanoui, Je me retourne encore, et d’un regard d’envie Je contemple ces biens dont je n’ai pas joui.

Terre, soleil, vallons, belle et douce nature, Je vous dois une larme aux bords de mon tombeau ! L’air est si parfumé ! la lumière est si pure ! Aux regards d’un mourant le soleil est si beau !

Je voudrais maintenant vider jusqu’à la lie Ce calice mêlé de nectar et de fiel : Au fond de cette coupe où je buvais la vie, Peut-être restait-il une goutte de miel !

Peut-être l’avenir me gardait-il encore Un retour de bonheur dont l’espoir est perdu ! Peut-être, dans la foule, une âme que j’ignore Aurait compris mon âme, et m’aurait répondu !…

La fleur tombe en livrant ses parfums au zéphire ; À la vie, au soleil, ce sont là ses adieux : Moi, je meurs ; et mon âme, au moment qu’elle expire, S’exhale comme un son triste et mélodieux.

Show the whole poemHide the poem

Application Learn Poems

Essaie l’application Learn Poems

Tout l’entraîneur du site, et plus encore : nouveaux exercices, enregistrement vocal et partage, rappels, rappel rapide.

Le premier mot du poème est un adieu déguisé en salutation : « Salut, bois couronnés d’un reste de verdure ! » Alphonse de Lamartine s’adresse à l’automne comme à un être cher qu’il vient visiter une dernière fois. Les derniers beaux jours ne sont pas seulement décrits ; ils répondent à un deuil intérieur. « Le deuil de la nature / Convient à la douleur, et plaît à mes regards » : cette déclaration initiale donne la clé du texte. Le paysage qui se défait ne redouble pas la tristesse du poète, il la reconnaît et la transfigure. L’automne y devient peu à peu un miroir de l’âme.

Les huit quatrains d’alexandrins, aux rimes croisées, donnent au texte une ampleur régulière, presque celle d’une marche lente. Le mètre en douze syllabes laisse le vers respirer, comme si la phrase suivait le pas rêveur du marcheur sur le sentier solitaire. L’alternance des rimes masculines et féminines crée un balancement doux, une harmonie qui retient la plainte au lieu de la briser. La forme n’est pas un décor : elle épouse la lenteur du regard qui se retourne, qui hésite, qui contemple une dernière fois.

Tout un vocabulaire de la fin travaille le poème : les « restes » de verdure, les feuillages « jaunissants », la nature qui « expire », le « tombeau » tout proche. Mais ces mots ne sont pas jetés dans le désordre ; ils s’organisent autour d’une nature personnifiée. L’automne a « des regards voilés », il offre « le dernier sourire / Des lèvres que la mort va fermer pour jamais ». Le feuillage qui tombe devient un adieu ami. Le soleil pâlissant n’est pas un astre affaibli ; c’est une présence qui se retire avec douceur, une lumière dont la faiblesse même touche le poète. La mélancolie naît de cette humanisation du paysage.

À partir du quatrième quatrain, le regard se tourne vers le moi. Le poète se voit « près de quitter l’horizon de la vie », pleurant non pas la mort elle-même, mais « l’espoir évanoui », les « biens dont je n’ai pas joui ». Le regret porte sur l’inaccompli. Les trois « Peut-être » qui reviennent dans les strophes suivantes ouvrent une brèche d’incertitude : un bonheur encore possible, une « âme que j’ignore » qui aurait pu répondre. Ces hypothèses n’expriment pas un simple espoir ; c’est le vertige de ce qui aurait pu être. La plainte n’a rien de bruyant : le poète soupèse des possibles, il interroge le silence.

La strophe du « calice mêlé de nectar et de fiel » condense la tension entre douceur et amertume. L’image de la coupe donne à la vie une dimension presque sacrée, mais aussi concrète : on la boit, on ne choisit pas sa saveur. Le poète voudrait « vider jusqu’à la lie » cette coupe, tout traverser, même l’amertume, pour y chercher « une goutte de miel ». Le désespoir n’est donc pas absolu ; il reste une gourmandise de la vie, un désir de tout épuiser avant de partir.

Le dernier quatrain scelle la métamorphose. « La fleur tombe en livrant ses parfums au zéphire » : la chute n’est pas une perte sèche, elle devient un don. À cette fleur répond le moi, mais sa trace n’est pas un parfum : c’est un « son triste et mélodieux ». La mort se change en musique, la plainte en chant. Cette image finale fait du poème lui-même l’équivalent de ce son : une parole qui prolonge l’âme au moment où elle expire. La tristesse et la beauté ne s’opposent plus ; elles s’exhalent ensemble.

La force de ce texte vient de l’accord profond qu’il établit entre le paysage et l’état intérieur. Lamartine ne décrit pas l’automne de l’extérieur ; il le fait parler comme une confession. La saison devient l’espace où la perte peut être dite sans être niée, où le regret se mue en contemplation. C’est l’un des grands gestes du lyrisme romantique : faire de la nature une confidente, et de l’adieu un chant.

Read also

More by Alphonse de Lamartine

All poems
SadAlphonse de Lamartine

L’Isolement

Souvent sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne, Au coucher du soleil, tristement je m’assieds ; Je promène au hasard mes regards sur la plaine, Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.
DreamyAlphonse de Lamartine

Le Papillon

Naître avec le printemps, mourir avec les roses ; Sur l’aile du zéphyr nager dans un ciel pur ; Balancé sur le sein des fleurs à peine écloses, S’enivrer de parfums, de lumière et d’azur ;