L’Offrande à la nature — Résumé

Anna de NoaillesContemplative

Nature au cœur profond sur qui les cieux reposent, Nul n’aura comme moi si chaudement aimé La lumière des jours et la douceur des choses L’eau luisante et la terre où la vie a germé.

La forêt, les étangs et les plaines fécondes Ont plus touché mes yeux que les regards humains, Je me suis appuyée à la beauté du monde Et j’ai tenu l’odeur des saisons dans mes mains.

J’ai porté vos soleils ainsi qu’une couronne Sur mon front plein d’orgueil et de simplicité, Mes jeux ont égalé les travaux de l’automne Et j’ai pleuré d’amour aux bras de vos étés.

Je suis venue à vous sans peur et sans prudence Vous donnant ma raison pour le bien et le mal, Ayant pour toute joie et toute connaissance Votre âme impétueuse aux ruses d’animal.

Comme une fleur ouverte où logent des abeilles Ma vie a répandu des parfums et des chants, Et mon cœur matineux est comme une corbeille Qui vous offre du lierre et des rameaux penchants.

Soumise ainsi que l’onde où l’arbre se reflète, J’ai connu les désirs qui brûlent dans vos soirs Et qui font naître au cœur des hommes et des bêtes La belle impatience et le divin vouloir.

Je vous tiens toute vive entre mes bras, Nature, Ah ! faut-il que mes yeux s’emplissent d’ombre un jour, Et que j’aille au pays sans vent et sans verdure Que ne visitent pas la lumière et l’amour…

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Dans cette adresse passionnée à la nature, la voix qui parle dit un amour plus fort que tout attachement humain. Elle évoque ce qui l’a nourrie : la lumière, l’eau, la forêt, les plaines, les odeurs des saisons, tenues « dans ses mains ». Le ton est sensuel et fervent, presque religieux : elle se sent couronnée par les soleils, unie aux étés, livrée sans prudence à une force à la fois belle et rusée comme un animal. Sa vie devient une corbeille offerte, pleine de parfums et de chants. Elle dit aussi avoir connu les désirs qui naissent dans les soirs, chez les hommes et les bêtes, comme une soumission consentie au rythme du monde. Pourtant, le poème bascule à la fin dans une mélancolie douloureuse : si la nature est tenue « toute vive » entre ses bras, la mort apparaît comme un pays sans vent, sans verdure, sans lumière ni amour. Cette crainte rend l’offrande d’autant plus bouleversante.

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