Dès les premiers vers, Baudelaire associe l’entrée dans l’automne à une plongée vers la mort. Le bruit des bûches tombant dans les cours devient un glas : il évoque un échafaud, un cercueil qu’on cloue, un départ définitif. Celui qui parle sent l’hiver pénétrer en lui, transformant son cœur en « bloc rouge et glacé ». Pourtant, au milieu de cette angoisse, il se tourne vers une « douce beauté ». Même s’il avoue que rien ne remplace le soleil sur la mer, il lui demande une tendresse maternelle ou fraternelle, une douceur d’arrière-saison. Les derniers vers mêlent le réconfort et le regret : la tombe est proche, mais il veut goûter, la tête posée sur les genoux de l’aimée, le rayon jaune et doux de l’automne. L’ensemble crée un climat d’intimité grave, entre mélancolie et consolation fragile.
Chant d’automne — Résumé
Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ; Adieu, vive clarté de nos étés trop courts ! J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres Le bois retentissant sur le pavé des cours.
Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère, Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé, Et, comme le soleil dans son enfer polaire, Mon cœur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.
J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ; L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd. Mon esprit est pareil à la tour qui succombe Sous les coups du bélier infatigable et lourd.
Il me semble, bercé par ce choc monotone, Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part. Pour qui ? — C’était hier l’été ; voici l’automne ! Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.
J’aime de vos longs yeux la lumière verdâtre, Douce beauté, mais tout aujourd’hui m’est amer, Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l’âtre, Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.
Et pourtant aimez-moi, tendre cœur ! soyez mère, Même pour un ingrat, même pour un méchant ; Amante ou sœur, soyez la douceur éphémère D’un glorieux automne ou d’un soleil couchant.
Courte tâche ! La tombe attend ; elle est avide ! Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux, Goûter, en regrettant l’été blanc et torride, De l’arrière-saison le rayon jaune et doux !