Baudelaire s’adresse à l’homme libre et lui annonce une étrange parenté : la mer est son miroir. En contemplant le déroulement infini des vagues, l’homme reconnaît son propre gouffre intérieur, tout aussi amer. Il aime plonger dans cette image, l’étreindre du regard et des bras, comme si la plainte sauvage de l’eau pouvait apaiser un instant sa rumeur intérieure.
Le poète insiste sur leur ressemblance : tous deux sont ténébreux, discrets, jaloux de leurs secrets ; nul ne connaît le fond des abîmes humains ni les richesses intimes de l’océan. Pourtant, cette intimité n’est pas paisible. Depuis des siècles innombrables, ils se combattent sans pitié ni remords, attirés par le carnage et la mort. L’image finale des « frères implacables » crée une atmosphère sombre, majestueuse et tragique, où la fascination pour l’immensité se mêle à l’effroi.