Le locuteur interroge Agathe : son cœur s’envole-t-il parfois loin de la ville sale et noire vers un océan clair et pur ? Tout le poème joue sur ce contraste entre un ici étouffant, où la boue est faite de pleurs, et un ailleurs lumineux, ardemment désiré. La mer devient une immense berceuse ; le wagon et la frégate sont invoqués comme des moyens d’évasion. Peu à peu, cet ailleurs se précise : ce n’est pas seulement un paradis exotique et parfumé, c’est aussi le vert paradis des amours enfantines, fait de courses, de chansons, de baisers et de soirées dans les bosquets. Ce souvenir heureux paraît pourtant plus lointain encore que l’Inde ou la Chine, presque impossible à ranimer. Les questions répétées et les exclamations traduisent un élan douloureux : le ton est mélancolique et ardent, habité par la nostalgie d’une pureté perdue.
Mœsta et errabunda — Résumé
Dis-moi, ton cœur parfois s’envole-t-il, Agathe, Loin du noir océan de l’immonde cité, Vers un autre océan où la splendeur éclate, Bleu, clair, profond, ainsi que la virginité ? Dis-moi, ton cœur parfois s’envole-t-il, Agathe ?
La mer, la vaste mer, console nos labeurs ! Quel démon a doté la mer, rauque chanteuse Qu’accompagne l’immense orgue des vents grondeurs, De cette fonction sublime de berceuse ? La mer, la vaste mer, console nos labeurs !
Emporte-moi, wagon ! enlève-moi, frégate ! Loin ! loin ! ici la boue est faite de nos pleurs ! — Est-il vrai que parfois le triste cœur d’Agathe Dise : Loin des remords, des crimes, des douleurs, Emporte-moi, wagon, enlève-moi, frégate ?
Comme vous êtes loin, paradis parfumé, Où sous un clair azur tout n’est qu’amour et joie, Où tout ce que l’on aime est digne d’être aimé, Où dans la volupté pure le cœur se noie ! Comme vous êtes loin, paradis parfumé !
Mais le vert paradis des amours enfantines, Les courses, les chansons, les baisers, les bouquets, Les violons vibrant derrière les collines, Avec les brocs de vin, le soir, dans les bosquets, — Mais le vert paradis des amours enfantines,
L’innocent paradis, plein de plaisirs furtifs, Est-il déjà plus loin que l’Inde et que la Chine ? Peut-on le rappeler avec des cris plaintifs, Et l’animer encor d’une voix argentine, L’innocent paradis plein de plaisirs furtifs ?