Dès le premier vers, Baudelaire parle à sa douleur comme à une compagne : il lui demande de se calmer, car le soir qu’elle réclamait arrive enfin. La nuit enveloppe la ville, apportant la paix aux uns, l’inquiétude aux autres. Pendant que la foule se jette dans le plaisir, qu’il présente comme un bourreau, le locuteur s’écarte avec sa Douleur. Il l’invite à regarder les années passées penchées aux balcons du ciel, à voir le Regret sourire au-dessus des eaux et le soleil mourant s’endormir. La nuit douce s’avance alors comme un long linceul. L’ambiance est intime et recueillie : la tristesse n’y est pas combattue, mais accueillie avec tendresse, presque comme une amie. On suit ainsi un mouvement intérieur, entre mélancolie et apaisement.
Recueillement — Résumé
Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille. Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici : Une atmosphère obscure enveloppe la ville, Aux uns portant la paix, aux autres le souci.
Pendant que des mortels la multitude vile, Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci, Va cueillir des remords dans la fête servile, Ma Douleur, donne-moi la main ; viens par ici,
Loin d’eux. Vois se pencher les défuntes Années, Sur les balcons du ciel, en robes surannées ; Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;
Le Soleil moribond s’endormir sous une arche, Et, comme un long linceul traînant à l’Orient, Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.