Dès le premier vers, la nature est double : le pré est joli, mais vénéneux. Les vaches y paissent et s’intoxiquent lentement, tout comme le je se laisse envahir par les yeux de l’aimée. Le colchique, fleur violacée et cernée, devient le reflet de ces yeux et de l’automne. Les paupières aimées battent comme les fleurs dans le vent fou, mêlant le corps au paysage. L’amour est donc vécu comme une lente intoxication, subie et presque acceptée.
L’arrivée bruyante des écoliers qui cueillent les colchiques forme un contraste avec cette langueur : eux jouent et ramassent ces fleurs, tandis que les vaches abandonnent pour toujours le pré mal fleuri. Le chant doux du gardien et les meuglements lents renforcent une atmosphère de mélancolie, de beauté fanée et de poison. On ressent un désir mêlé à la perte, dans un automne à la fois séduisant et inquiétant.