Assise derrière la fenêtre bleue, une fileuse se laisse engourdir par le ronron du rouet et par la lumière du jardin. Elle ne travaille déjà plus vraiment : entre ses doigts, la laine devient le support d’une rêverie ralentie, presque somnambulique. Autour d’elle, le jardin demeure vivant — un arbuste, des fleurs, une rose qui semble saluer le rouet ancien —, mais la dormeuse s’en est détachée, filant une « laine isolée ». Peu à peu, le paysage se défait : le ciel verdit, le dernier arbre brûle, et la figure féminine paraît se dissoudre dans le bleu de la croisée. Le lecteur éprouve cette haleine innocente de la rose et ce vert qui se meurt, comme si la scène glissait du dehors vers un intérieur mental. L’atmosphère est hypnotique et mélancolique, faite de torpeur, de douceur et d’effacement : la fileuse s’éteint dans son songe plus qu’elle ne s’endort.
La Fileuse — Résumé
Assise, la fileuse au bleu de la croisée Où le jardin mélodieux se dodeline, Le rouet ancien qui ronfle l’a grisée.
Lasse, ayant bu l’azur, de filer la câline Chevelure, à ses doigts si faibles évasive, Elle songe, et sa tête petite s’incline.
Un arbuste et l’air pur font une source vive Qui suspendue au jour, délicieuse arrose De ses pertes de fleurs le jardin de l’oisive.
Une tige, où le vent vagabond se repose, Courbe le salut vain de sa grâce étoilée, Dédiant magnifique, au vieux rouet, sa rose.
Mais la dormeuse file une laine isolée ; Mystérieusement l’ombre frêle se tresse Au fil de ses doigts longs et qui dorment, filée.
Le songe se dévide avec une paresse Angélique, et sans cesse, au fuseau doux crédule, La chevelure ondule au gré de la caresse…
Derrière tant de fleurs, l’azur se dissimule, Fileuse de feuillage et de lumière ceinte : Tout le ciel vert se meurt. Le dernier arbre brûle.
Ta sœur, la grande rose où sourit une sainte, Parfume ton front vague au vent de son haleine Innocente, et tu crois languir… Tu es éteinte
Au bleu de la croisée où tu filais la laine.