Dès les premiers vers, une tension s’installe entre des couleurs éclatantes — roses rouges, ciel trop bleu, mer trop verte — et un mal intérieur que rien n’apaise. Le locuteur s’adresse à une femme aimée : il suffit qu’elle bouge pour que ses désespoirs renaissent. L’immobilité du paysage contraste avec l’angoisse d’un départ possible, d’une « fuite atroce » toujours redoutée. La nature, pourtant belle, devient écrasante : le houx, le buis, la campagne infinie le lassent. Seule compte la présence de cette femme, mais elle est éprouvée comme fragile, presque menaçante dans son absence possible. L’ensemble crée une atmosphère de spleen, cette mélancolie vague mêlée d’inquiétude amoureuse, où la beauté du monde ne fait qu’aggraver le sentiment de vide.
Spleen — Résumé
Les roses étaient toutes rouges, Et les lierres étaient tout noirs.
Chère, pour peu que tu te bouges, Renaissent tous mes désespoirs.
Le ciel était trop bleu, trop tendre, La mer trop verte et l’air trop doux
Je crains toujours, — ce qu’est d’attendre Quelque fuite atroce de vous.
Du houx à la feuille vernie Et du luisant buis je suis las,
Et de la campagne infinie Et de tout, fors de vous, hélas !