Un paysan parle de ses deux grands bœufs blancs marqués de roux. Il décrit leur force au labour, leur douceur, les petits oiseaux posés sur leurs cornes, et l’argent qu’ils font gagner. Son attachement est si fort qu’il préférerait se pendre plutôt que de les vendre ; il va jusqu’à dire, dans une exagération volontaire, qu’il préférerait voir mourir sa femme Jeanne plutôt que ses bœufs. Le refrain crée un mélange de sourire et d’émotion. Quand des marchands viennent de la ville pour les acheter, les montrer aux Tuileries devant le Roi avant la boucherie, il refuse : « ils sont à moi ». Même si le fils du Régent demandait sa fille en mariage, il renoncerait à la couronne plutôt que de donner ses bêtes en dot. Le ton reste simple, campagnard et tendre, entre fierté, humour et fidélité.
Les Bœufs — Résumé
J’ai deux grands bœufs dans mon étable, Deux grands bœufs blancs marqués de roux ; La charrue est en bois d’érable, L’aiguillon en branche de houx ; C’est par leurs soins qu’on voit la plaine Verte l’hiver, jaune l’été ; Ils gagnent dans une semaine Plus d’argent qu’ils n’en ont coûté.
S’il me fallait les vendre, J’aimerais mieux me pendre ; J’aime Jeanne ma femme : eh bien, j’aimerais mieux La voir mourir, que voir mourir mes bœufs.
Les voyez-vous, les belles bêtes, Creuser profond et tracer droit, Bravant la pluie et les tempêtes, Qu’il fasse chaud, qu’il fasse froid. Lorsque je fais halte pour boire, Un brouillard sort de leurs naseaux, Et je vois sur leur corne noire Se poser les petits oiseaux.
Ils sont forts comme un pressoir d’huile, Ils sont doux comme des moutons. Tous les ans on vient de la ville Les marchander dans nos cantons Pour les mener aux Tuileries, Au Mardi Gras devant le Roi Et puis les vendre aux boucheries ; Je ne veux pas, ils sont à moi.
Quand notre fille sera grande, Si le fils de notre Régent En mariage la demande, Je lui promets tout mon argent ; Mais si pour dot il veut qu’on donne Les grands bœufs blancs marqués de roux, Ma fille, laissons la couronne Et ramenons les bœufs chez nous.