Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin — Résumé

Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin De venir dans ma chambre un peu chaque matin ; Je l’attendais ainsi qu’un rayon qu’on espère ; Elle entrait et disait : Bonjour, mon petit père ; Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s’asseyait Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait, Puis soudain s’en allait comme un oiseau qui passe. Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse, Mon œuvre interrompue, et, tout en écrivant, Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent Quelque arabesque folle et qu’elle avait tracée, Et mainte page blanche entre ses mains froissée Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers. Elle aimait Dieu, les fleurs, les astres, les prés verts, Et c’était un esprit avant d’être une femme. Son regard reflétait la clarté de son âme. Elle me consultait sur tout à tous moments. Oh ! que de soirs d’hiver radieux et charmants Passés à raisonner langue, histoire et grammaire, Mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur mère Tout près, quelques amis causant au coin du feu ! J’appelais cette vie être content de peu ! Et dire qu’elle est morte ! Hélas ! que Dieu m’assiste ! Je n’étais jamais gai quand je la sentais triste ; J’étais morne au milieu du bal le plus joyeux Si j’avais, en partant, vu quelque ombre en ses yeux.

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Un père se souvient d’une habitude de sa fille dans son enfance : chaque matin, elle entrait dans sa chambre, le saluait d’un « Bonjour, mon petit père », s’emparait de sa plume, ouvrait ses livres, riait, puis repartait aussi vite qu’un oiseau. Après son départ, il reprenait son travail et retrouvait dans ses papiers des arabesques folles, des pages froissées, et parfois ses vers les plus doux. Le souvenir s’élargit aux soirées d’hiver heureuses, entouré de ses quatre enfants, de leur mère et de quelques amis. Puis l’aveu tombe : « Et dire qu’elle est morte ! » Ce retour brutal au deuil colore l’ensemble d’une tendresse endeuillée. L’évocation lumineuse de la présence enfantine rend l’absence d’autant plus vive ; le père se rappelle aussi son inquiétude dès qu’il voyait une ombre dans les yeux de sa fille.

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