Poems on the topic: fleur

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SadSully Prudhomme

Le Vase brisé

Le vase où meurt cette verveine D’un coup d’éventail fut fêlé ; Le coup dut effleurer à peine : Aucun bruit ne l’a révélé. Mais la légère meurtrissure, Mordant le cristal chaque jour, D’une marche invisible et sûre En a fait lentement le tour. Son eau fraîche a fui goutte à goutte, Le suc des fleurs s’est épuisé ; Personne encore ne s’en doute ; N’y touchez pas, il est brisé. Souvent aussi la main qu’on aime, Effleurant le cœur, le meurtrit ; Puis le cœur se fend de lui-même, La fleur de son amour périt ;
CheerfulLouis Bouilhet

Chanson d'avril

Lève-toi ! lève-toi ! le printemps vient de naître. Là-bas, sur les vallons, flotte un réseau vermeil. Tout frissonne au jardin, tout chante, et ta fenêtre, Comme un regard joyeux, est pleine de soleil. Les larges espaliers, couverts de boutons roses, De leur haleine douce embaument le ciel pur. Seule, la vigne est nue, et, près des fleurs écloses, Comme un serpent transi rampe au long du vieux mur. Du côté des lilas aux touffes violettes, Mouches et papillons bruïssent à la fois ; Et le muguet sauvage, ébranlant ses clochettes, A réveillé l’amour endormi dans les bois. Puisque avril a semé ses marguerites blanches, Laisse ta mante lourde et ton manchon frileux ;
SadCharles Baudelaire

Harmonie du soir

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ; Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir ; Valse mélancolique et langoureux vertige ! Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ; Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige ; Valse mélancolique et langoureux vertige ! Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir. Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige, Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir ! Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ; Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige. Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir, Du passé lumineux recueille tout vestige !
RomanticVictor Hugo

Puisque j’ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine

Puisque j’ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine ; Puisque j’ai dans tes mains posé mon front pâli ; Puisque j’ai respiré parfois la douce haleine De ton âme, parfum dans l’ombre enseveli ; Puisqu’il me fut donné de t’entendre me dire Les mots où se répand le cœur mystérieux ; Puisque j’ai vu pleurer, puisque j’ai vu sourire Ta bouche sur ma bouche et tes yeux sur mes yeux ; Puisque j’ai vu briller sur ma tête ravie Un rayon de ton astre, hélas ! voilé toujours ; Puisque j’ai vu tomber dans l’onde de ma vie Une feuille de rose arrachée à tes jours ; Je puis maintenant dire aux rapides années : Passez ! Passez toujours ! je n’ai plus à vieillir ; Allez-vous-en avec vos fleurs toutes fanées ;
CheerfulThéophile Gautier

Premier sourire du printemps

Tandis qu’à leurs œuvres perverses Les hommes courent haletants, Mars qui rit, malgré les averses, Prépare en secret le printemps. Pour les petites pâquerettes, Sournoisement, lorsque tout dort, Il repasse des collerettes Et cisèle des boutons d’or. Dans le verger et dans la vigne Il s’en va, furtif perruquier, Avec une houppe de cygne, Poudrer à frimas l’amandier. La nature au lit se repose ; Lui, descend au jardin désert Et lace les boutons de rose Dans leur corset de velours vert.
RomanticPaul Verlaine

Green

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches, Et puis voici mon cœur, qui ne bat que pour vous. Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches Et qu’à vos yeux si beaux l’humble présent soit doux. J’arrive tout couvert encore de rosée Que le vent du matin vient glacer à mon front. Souffrez que ma fatigue, à vos pieds reposée, Rêve des chers instants qui la délasseront. Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête Toute sonore encore de vos derniers baisers ; Laissez-la s’apaiser de la bonne tempête, Et que je dorme un peu puisque vous reposez.
RomanticLeconte de Lisle

Le Colibri

Le vert colibri, le roi des collines, Voyant la rosée et le soleil clair Luire dans son nid tissé d’herbes fines, Comme un frais rayon s’échappe dans l’air. Il se hâte et vole aux sources voisines Où les bambous font le bruit de la mer, Où l’açoka rouge, aux odeurs divines, S’ouvre et porte au cœur un humide éclair. Vers la fleur dorée il descend, se pose, Et boit tant d’amour dans la coupe rose, Qu’il meurt, ne sachant s’il l’a pu tarir. Sur ta lèvre pure, ô ma bien-aimée, Telle aussi mon âme eût voulu mourir Du premier baiser qui l’a parfumée !
DreamyGuillaume Apollinaire

Mai

Le mai le joli mai en barque sur le Rhin Des dames regardaient du haut de la montagne Vous êtes si jolies mais la barque s’éloigne Qui donc a fait pleurer les saules riverains Or des vergers fleuris se figeaient en arrière Les pétales tombés des cerisiers de mai Sont les ongles de celle que j’ai tant aimée Les pétales flétris sont comme ses paupières Sur le chemin du bord du fleuve lentement Un ours un singe un chien menés par des tziganes Suivaient une roulotte traînée par un âne Tandis que s’éloignait dans les vignes rhénanes Sur un fifre lointain un air de régiment Le mai le joli mai a paré les ruines De lierre de vigne vierge et de rosiers Le vent du Rhin secoue sur le bord les osiers
DreamyGérard de Nerval

Une allée du Luxembourg

Elle a passé, la jeune fille. Vive et preste comme un oiseau : À la main une fleur qui brille, À la bouche un refrain nouveau. C’est peut-être la seule au monde Dont le cœur au mien répondrait ; Qui venant dans ma nuit profonde D’un seul regard l’éclairerait !… Mais non, — ma jeunesse est finie… Adieu, doux rayon qui m’a lui, — Parfum, jeune fille, harmonie… Le bonheur passait — il a fui !
CheerfulArthur Rimbaud

Tête de faune

Dans la feuillée, écrin vert taché d’or, Dans la feuillée incertaine et fleurie De fleurs splendides où le baiser dort, Vif et crevant l’exquise broderie, Un faune effaré montre ses deux yeux Et mord les fleurs rouges de ses dents blanches. Brunie et sanglante ainsi qu’un vin vieux Sa lèvre éclate en rires sous les branches. Et quand il a fui − tel qu’un écureuil — Son rire tremble encore à chaque feuille Et l’on voit épeuré par un bouvreuil Le Baiser d’or du Bois, qui se recueille.
DreamyAlphonse de Lamartine

Le Papillon

Naître avec le printemps, mourir avec les roses ; Sur l’aile du zéphyr nager dans un ciel pur ; Balancé sur le sein des fleurs à peine écloses, S’enivrer de parfums, de lumière et d’azur ; Secouant, jeune encor, la poudre de ses ailes, S’envoler comme un souffle aux voûtes éternelles, Voilà du papillon le destin enchanté : Il ressemble au désir, qui jamais ne se pose, Et sans se satisfaire, effleurant toute chose, Retourne enfin au ciel chercher la volupté.

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