Poems on the topic: mer

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AngryCharles Baudelaire

Causerie

Vous êtes un beau ciel d’automne, clair et rose ! Mais la tristesse en moi monte comme la mer, Et laisse, en refluant, sur ma lèvre morose Le souvenir cuisant de son limon amer. — Ta main se glisse en vain sur mon sein qui se pâme ; Ce qu’elle cherche, amie, est un lieu saccagé Par la griffe et la dent féroce de la femme. Ne cherchez plus mon cœur ; les bêtes l’ont mangé. Mon cœur est un palais flétri par la cohue ; On s’y soûle, on s’y tue, on s’y prend aux cheveux ! — Un parfum nage autour de votre gorge nue !… Ô Beauté, dur fléau des âmes, tu le veux ! Avec tes yeux de feu, brillants comme des fêtes, Calcine ces lambeaux qu’ont épargnés les bêtes !
RomanticThéophile Gautier

Les Papillons

Les papillons couleur de neige Volent par essaims sur la mer ; Beaux papillons blancs, quand pourrai-je Prendre le bleu chemin de l’air ? Savez-vous, ô belle des belles, Ma bayadère aux yeux de jais, S’ils me pouvaient prêter leurs ailes, Dites, savez-vous où j’irais ? Sans prendre un seul baiser aux roses, À travers vallons et forêts, J’irais à vos lèvres mi-closes, Fleur de mon âme, et j’y mourrais.
AnxiousStéphane Mallarmé

Brise marine

La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres. Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres D’être parmi l’écume inconnue et les cieux ! Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux, Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe, O nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe Sur le vide papier que la blancheur défend, Et ni la jeune femme allaitant son enfant. Je partirai ! Steamer balançant ta mâture, Lève l’ancre pour une exotique nature ! Un Ennui, désolé par les cruels espoirs, Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs ! Et, peut-être, les mâts, invitant les orages, Sont-ils ceux que le vent penche sur les naufrages Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots…
ContemplativePaul Valéry

Le Vin perdu

J’ai, quelque jour, dans l’Océan, (Mais je ne sais plus sous quels cieux), Jeté, comme offrande au néant, Tout un peu de vin précieux… Qui voulut ta perte, ô liqueur ? J’obéis peut-être au devin ? Peut-être au souci de mon cœur, Songeant au sang, versant le vin, Sa transparence accoutumée Après une rose fumée Reprit aussi pure la mer… Perdu ce vin, ivres les ondes !… J’ai vu bondir dans l’air amer Les figures les plus profondes…
RomanticPaul Éluard

Celle de toujours, toute

Si je vous dis : « j’ai tout abandonné » C’est qu’elle n’est pas celle de mon corps, Je ne m’en suis jamais vanté, Ce n’est pas vrai Et la brume de fond où je me meus Ne sait jamais si j’ai passé. L’éventail de sa bouche, le reflet de ses yeux, Je suis le seul à en parler, Je suis le seul qui soit cerné Par ce miroir si nul où l’air circule à travers moi Et l’air a un visage, un visage aimé, Un visage aimant, ton visage, À toi qui n’as pas de nom et que les autres ignorent, La mer te dit : sur moi, le ciel te dit : sur moi, Les astres te devinent, les nuages t’imaginent Et le sang répandu aux meilleurs moments,
RomanticMarceline Desbordes-Valmore

Les Roses de Saadi

J’ai voulu, ce matin, te rapporter des roses ; Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes Que les nœuds trop serrés n’ont pu les contenir. Les nœuds ont éclaté. Les roses envolées Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées. Elles ont suivi l’eau pour ne plus revenir. La vague en a paru rouge et comme enflammée : Ce soir ma robe encore en est toute embaumée… Respires-en sur moi l’odorant souvenir.
RomanticLeconte de Lisle

Nell

Ta rose de pourpre, à ton clair soleil, O Juin, étincelle enivrée ; Penche aussi vers moi ta coupe dorée : Mon cœur à ta rose est pareil. Sous le mol abri de la feuille ombreuse Monte un soupir de volupté ; Plus d’un ramier chante au bois écarté, O mon cœur, sa plainte amoureuse. Que ta perle est douce au ciel parfumé, Étoile de la nuit pensive ! Mais combien plus douce est la clarté vive Qui rayonne en mon cœur charmé ! La chantante mer, le long du rivage, Taira son murmure éternel, Avant qu’en mon cœur, chère amour, ô Nell, Ne fleurisse plus ton image !
AnxiousLeconte de Lisle

Les Hurleurs

Le soleil dans les flots avait noyé ses flammes, La ville s’endormait aux pieds des monts brumeux ; Sur de grands rocs lavés d’un nuage écumeux La mer sombre en grondant versait ses hautes lames. La nuit multipliait ce long gémissement. Nul astre ne luisait dans l’immensité nue : Seule, la lune pâle, en écartant la nue, Comme une morne lampe oscillait tristement. Monde muet, marqué d’un signe de colère, Débris d’un globe mort au hasard dispersé, Elle laissait tomber de son orbe glacé Un reflet sépulcral sur l’océan polaire. Sans borne, assise au nord, sous les cieux étouffants, L’Afrique, s’abritant d’ombre épaisse et de brume, Affamait ses lions dans le sable qui fume,
ContemplativeJosé-Maria de Heredia

Soleil couchant

Les ajoncs éclatants, parure du granit, Dorent l’âpre sommet que le couchant allume ; Au loin, brillante encor par sa barre d’écume, La mer sans fin commence où la terre finit. À mes pieds c’est la nuit, le silence. Le nid Se tait, l’homme est rentré sous le chaume qui fume ; Seul, l’Angélus du soir, ébranlé dans la brume, À la vaste rumeur de l’Océan s’unit. Alors, comme du fond d’un abîme, des traînes, Des landes, des ravins, montent des voix lointaines De pâtres attardés ramenant le bétail. L’horizon tout entier s’enveloppe dans l’ombre, Et le soleil mourant sur un ciel riche et sombre, Ferme les branches d’or de son rouge éventail.
ContemplativeJosé-Maria de Heredia

Le Récif de corail

Le soleil sous la mer, mystérieuse aurore, Éclaire la forêt des coraux abyssins Qui mêle, aux profondeurs de ses tièdes bassins, La bête épanouie et la vivante flore. Et tout ce que le sel ou l’iode colore, Mousse, algue chevelue, anémones, oursins, Couvre de pourpre sombre, en somptueux dessins, Le fond vermiculé du pâle madrépore. De sa splendide écaille éteignant les émaux, Un grand poisson navigue à travers les rameaux ; Dans l’ombre transparente indolemment il rôde ; Et, brusquement, d’un coup de sa nageoire en feu, Il fait, par le cristal morne, immobile et bleu, Courir un frisson d’or, de nacre et d’émeraude.
RomanticCharles Baudelaire

Parfum exotique

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d’automne, Je respire l’odeur de ton sein chaleureux, Je vois se dérouler des rivages heureux Qu’éblouissent les feux d’un soleil monotone : Une île paresseuse où la nature donne Des arbres singuliers et des fruits savoureux ; Des hommes dont le corps est mince et vigoureux, Et des femmes dont l’œil par sa franchise étonne. Guidé par ton odeur vers de charmants climats, Je vois un port rempli de voiles et de mâts Encor tout fatigués par la vague marine, Pendant que le parfum des verts tamariniers, Qui circule dans l’air et m’enfle la narine, Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.

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