Tristan Corbière
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Poems
Le Crapaud
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Paysage mauvais
Sables de vieux os — Le flot râle Des glas : crevant bruit sur bruit… — Palud pâle, où la lune avale De gros vers, pour passer la nuit.
— Calme de peste, où la fièvre Cuit… Le follet damné languit. — Herbe puante où le lièvre Est un sorcier poltron qui fuit.
— La Lavandière blanche étale Des trépassés le linge sale, Au soleil des loups… — Les crapauds,
Petits chantres mélancoliques Empoisonnent de leurs coliques, Les champignons, leurs escabeaux.
Petit mort pour rire
Va vite, léger peigneur de comètes ! Les herbes au vent seront tes cheveux ; De ton œil béant jailliront les feux Follets, prisonniers dans les pauvres têtes…
Les fleurs de tombeau qu’on nomme Amourettes Foisonneront plein ton rire terreux… Et les myosotis, ces fleurs d’oubliettes…
Ne fais pas le lourd : cercueils de poètes Pour les croque-morts sont de simples jeux, Boîtes à violon qui sonnent le creux… Ils te croiront mort — Les bourgeois sont bêtes — Va vite, léger peigneur de comètes !
Rondel
Il fait noir, enfant, voleur d’étincelles ! Il n’est plus de nuits, il n’est plus de jours ; Dors… en attendant venir toutes celles Qui disaient : Jamais ! Qui disaient : Toujours !
Entends-tu leurs pas ?… Ils ne sont pas lourds : Oh ! les pieds légers ! — l’Amour a des ailes… Il fait noir, enfant, voleur d’étincelles !
Entends-tu leurs voix ?… Les caveaux sont sourds. Dors : Il pèse peu, ton faix d’immortelles : Ils ne viendront pas, tes amis les ours, Jeter leur pavé sur tes demoiselles… Il fait noir, enfant, voleur d’étincelles !
Biography
Tristan Corbière, né en 1845 à Morlaix et mort en 1875, est un poète français originaire de Bretagne. Il ne publie de son vivant qu'un seul recueil, « Les Amours jaunes », en 1873, qui passe alors inaperçu. Sa poésie se caractérise par une ironie cinglante, un goût pour la provocation et une remise en question des conventions romantiques. Il mêle des registres familiers et recherchés, utilise des jeux de mots et des ruptures de ton. Les thèmes récurrents incluent l'amour déçu, la mer, la Bretagne, la maladie et la mort. Son écriture, parfois proche du réalisme cru, exprime un profond sentiment d'échec et d'isolement. Redécouvert par les symbolistes et les décadents, il est salué par Paul Verlaine dans ses « Poètes maudits » en 1884. Son influence est notable sur des poètes ultérieurs, notamment les surréalistes et T.S. Eliot, qui le cite dans « The Waste Land ». Il est considéré comme un précurseur de la modernité poétique par sa liberté formelle et son ironie corrosive.
