Dans « Tristesse », le locuteur fait, en peu de vers, le bilan d’un effondrement intérieur. Il dit avoir tout perdu — la force, les amis, la gaieté, et jusqu’à cette fierté qui le persuadait de son génie. La Vérité, qu’il a d’abord prise pour une amie, l’a déçu dès qu’il l’a réellement comprise et sentie. Pourtant, il ne la nie pas : elle est éternelle, et ceux qui s’en détournent passent à côté de tout. Ce savoir amer donne au poème sa tension : on y sent une lucidité qui ne console pas et aggrave plutôt le sentiment de vide. La fin se tourne vers Dieu, avec une obéissance lasse — « il faut qu’on lui réponde » — et se resserre sur le seul bien qui reste : avoir quelquefois pleuré. Le ton est amer et recueilli, entre l’aveu d’épuisement et une tristesse presque apaisée. Les pleurs y deviennent une preuve d’humanité, plus précieuse que la gloire.
Tristesse — Résumé
J’ai perdu ma force et ma vie, Et mes amis, et ma gaieté ; J’ai perdu jusqu’à la fierté Qui faisait croire à mon génie.
Quand j’ai connu la Vérité, J’ai cru que c’était une amie ; Quand je l’ai comprise et sentie, J’en étais déjà dégoûté.
Et pourtant elle est éternelle, Et ceux qui se sont passés d’elle Ici-bas ont tout ignoré.
Dieu parle, il faut qu’on lui réponde. Le seul bien qui me reste au monde Est d’avoir quelquefois pleuré.