Rimbaud met face à face la boucherie des champs de bataille et l’indifférence d’un Dieu endormi. D’un côté, la mitraille crache rouge tout le jour, des bataillons entiers croulent dans le feu pendant que la folie broie cent mille hommes. De l’autre, Dieu rit devant les autels, l’encens et les calices d’or, bercé par les hosannas. Il ne se réveille que pour recevoir le gros sou des mères en larmes. Le poème dénonce avec une ironie amère l’absurdité de la guerre et la complaisance d’une religion qui s’accommode du massacre. Le ton est violent, révolté, presque blasphématoire : la Nature, pourtant créatrice, est prise à témoin, et la piété misérable des pauvres femmes semble plus dérisoire que consolante. L’ensemble crée un climat d’indignation sombre, où la beauté du ciel bleu rend l’horreur encore plus scandaleuse.
Le Mal — Résumé
Tandis que les crachats rouges de la mitraille Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu ; Qu’écarlates ou verts, près du Roi qui les raille. Croulent les bataillons en masse dans le feu ;
Tandis qu’une folie épouvantable, broie Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant ; — Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie, Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !… —
— Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées Des autels, à l’encens, aux grands calices d’or ; Qui dans le bercement des hosannah s’endort.
Et se réveille, quand des mères, ramassées Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir, Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !