Une prière s’élève dans un paysage d’hiver : prairies froides, hameaux abattus, angélus silencieux. La voix demande au Seigneur de laisser tomber du ciel les corbeaux, qu’elle appelle « chers » et « délicieux » malgré leur cri sévère. Ces oiseaux noirs deviennent une armée étrange qui se disperse et se rassemble le long des fleuves jaunis, des routes et des fossés. Par milliers, ils tournoient au-dessus des champs de France où dorment des morts récents, pour que chaque passant se souvienne. Le corbeau devient alors un « crieur du devoir », une voix funèbre qui empêche l’oubli. La dernière strophe fait contraste : les fauvettes de mai sont laissées à ceux qu’une défaite sans avenir enchaîne au fond des bois. Il en naît une atmosphère froide, grave et presque tendre envers ces oiseaux noirs.
Les Corbeaux — Résumé
Seigneur, quand froide est la prairie, Quand dans les hameaux abattus, Les longs angélus se sont tus… Sur la nature défleurie Faites s’abattre des grands cieux Les chers corbeaux délicieux.
Armée étrange aux cris sévères, Les vents froids attaquent vos nids ! Vous, le long des fleuves jaunis, Sur les routes aux vieux calvaires, Sur les fossés et sur les trous Dispersez-vous, ralliez-vous !
Par milliers, sur les champs de France, Où dorment des morts d’avant-hier, Tournoyez, n’est-ce pas, l’hiver, Pour que chaque passant repense ! Sois donc le crieur du devoir, Ô notre funèbre oiseau noir !
Mais, saints du ciel, en haut du chêne, Mât perdu dans le soir charmé, Laissez les fauvettes de mai Pour ceux qu’au fond du bois enchaîne, Dans l’herbe d’où l’on ne peut fuir, La défaite sans avenir.