Un jeune homme marche seul, les poings dans ses poches crevées, sans autre richesse qu’un paletot usé et une culotte trouée. Il ne se plaint pas : il se rêve en Petit-Poucet, fidèle de la Muse, et transforme sa pauvreté en liberté. La nuit devient son auberge, la Grande-Ourse son toit, les étoiles bruissent doucement autour de lui. Assis au bord des chemins, il écoute ces soirs de septembre, sent la rosée sur son front comme une boisson qui le fortifie, et tire sur les élastiques de ses souliers abîmés comme sur des lyres. Tout devient matière à poésie, même ses chaussures blessées.
Le ton est léger, joyeux, un peu moqueur envers lui-même. Rimbaud y exprime un bonheur de vagabond : la gêne matérielle n’empêche ni les rêves d’amour ni la création. L’humeur est à la fois tendre et exaltée, entre adolescence, ironie et émerveillement devant la route, la nuit et les mots.