Dans « L’Ennemi », Baudelaire fait le bilan amer d’une jeunesse traversée par un orage : quelques éclats de soleil, mais surtout des pluies et du tonnerre qui ont laissé peu de fruits dans son jardin intérieur. Arrivé à l’automne des idées, il doit rassembler les terres inondées, creusées de trous profonds comme des tombeaux. Il rêve encore de fleurs nouvelles, mais doute qu’elles trouvent de quoi pousser dans ce sol lavé, presque stérile. L’image du sol lavé comme une grève renforce cette impression de stérilité. Le locuteur se sent usé, entamé de l’intérieur, partagé entre le regret de sa vigueur perdue et un espoir fragile de renouveau. Le ton est élégiaque, entre lassitude et angoisse. La fin bascule dans une plainte : le Temps dévore la vie, et un Ennemi obscur se nourrit du sang que nous perdons, grandissant à mesure que nous déclinons.
L'Ennemi — Résumé
Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage, Traversé çà et là par de brillants soleils ; Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage, Qu’il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.
Voilà que j’ai touché l’automne des idées, Et qu’il faut employer la pelle et les râteaux Pour rassembler à neuf les terres inondées, Où l’eau creuse des trous grands comme des tombeaux.
Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve Trouveront dans ce sol lavé comme une grève Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?
— Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie, Et l’obscur Ennemi qui nous ronge le cœur Du sang que nous perdons croît et se fortifie !