Baudelaire s’adresse à une femme aimée, qu’il appelle tendrement « mon enfant, ma sœur », et l’invite à imaginer un départ vers un pays qui lui ressemble. Ce lieu est d’abord un état d’âme : on y aimerait lentement, sans contrainte, jusqu’à mourir. Les ciels voilés et les soleils mouillés évoquent ses yeux à travers les larmes, mêlant mélancolie et douceur. Le décor intérieur — meubles polis, fleurs rares, miroirs profonds, splendeur orientale — crée une atmosphère de chaleur et de mystère. Puis le paysage s’ouvre sur des canaux où dorment des vaisseaux venus du bout du monde, et sur un couchant d’hyacinthe et d’or. Le refrain revient comme une berceuse : là-bas, tout ne serait qu’ordre, beauté, luxe, calme et volupté. Le poème installe ainsi un climat d’évasion sensuelle et de nostalgie apaisée, où le voyage est moins géographique qu’intérieur.
L'Invitation au voyage — Résumé
Mon enfant, ma sœur, Songe à la douceur D’aller là-bas vivre ensemble ! Aimer à loisir, Aimer et mourir Au pays qui te ressemble ! Les soleils mouillés De ces ciels brouillés Pour mon esprit ont les charmes Si mystérieux De tes traîtres yeux, Brillant à travers leurs larmes.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.
Des meubles luisants, Polis par les ans, Décoreraient notre chambre ; Les plus rares fleurs Mêlant leurs odeurs Aux vagues senteurs de l’ambre, Les riches plafonds, Les miroirs profonds, La splendeur orientale, Tout y parlerait À l’âme en secret Sa douce langue natale.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.
Vois sur ces canaux Dormir ces vaisseaux Dont l’humeur est vagabonde ; C’est pour assouvir Ton moindre désir Qu’ils viennent du bout du monde. — Les soleils couchants Revêtent les champs, Les canaux, la ville entière, D’hyacinthe et d’or ; Le monde s’endort Dans une chaude lumière.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.