Dans « Les Chats », Baudelaire célèbre ces animaux comme des êtres à la fois puissants et doux, chers aux amoureux fervents comme aux savants austères. Les uns et les autres reconnaissent en eux leur goût du calme, de la chaleur et de la vie sédentaire. Mais le chat n’est pas qu’un compagnon domestique : il cherche aussi le silence et l’obscurité, et sa fierté le rend inapte au servage. C’est pourquoi l’Érèbe, la nuit infernale, aurait voulu en faire ses coursiers funèbres. Le poète prête alors aux chats les attitudes nobles des grands sphinx allongés au fond des solitudes, perdus dans un rêve sans fin. Leurs reins féconds brillent d’étincelles magiques, et des parcelles d’or étoilent leurs prunelles mystiques. On sent une admiration mêlée de respect et de mystère : le chat reste familier et pourtant insaisissable, entre science, volupté et songe. L’atmosphère est nocturne, silencieuse, sensuelle et majestueuse.
Les Chats — Résumé
Les amoureux fervents et les savants austères Aiment également, dans leur mûre saison, Les chats puissants et doux, orgueil de la maison, Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires.
Amis de la science et de la volupté, Ils cherchent le silence et l’horreur des ténèbres ; L’Érèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres, S’ils pouvaient au servage incliner leur fierté.
Ils prennent en songeant les nobles attitudes Des grands sphinx allongés au fond des solitudes, Qui semblent s’endormir dans un rêve sans fin ;
Leurs reins féconds sont pleins d’étincelles magiques, Et des parcelles d’or, ainsi qu’un sable fin, Étoilent vaguement leurs prunelles mystiques.