Un homme s’adresse à son chat noir comme à un compagnon de chagrin. La chandelle est éteinte, le lit est chaud, mais ni l’un ni l’autre n’échappe à ses hantises. Avant de dormir, il promet au chat des rêves d’oiseaux et de toits, tandis que lui pensera à « Elle », la femme dont le souvenir froid a déchiré sa vie. La nuit devient alors une confidence douloureuse et ironique : il prête au chat des cauchemars de rivalité amoureuse, se voyant lui-même humilié par les yeux moqueurs, les « pleurs de crocodile » et l’épée de l’homme vaniteux qu’elle aime. Le ton reste tendre et complice, mais chargé d’amertume. Sous la douceur de la berceuse, on entend deux solitudes qui se consolent mal et qui chercheront au matin des oublis dérisoires, comme si l’homme et le matou étaient aussi démunis l’un que l’autre.
Berceuse — Résumé
Endormons-nous, petit chat noir. Voici que j’ai mis l’éteignoir Sur la chandelle. Tu vas penser à des oiseaux Sous bois, à de félins museaux… Moi rêver d’Elle.
Nous n’avons pas pris de café, Et, dans notre lit bien chauffé (Qui veille pleure.)
Nous dormirons, pattes dans bras. Pendant que tu ronronneras, J’oublierai l’heure.
Sous tes yeux fins, appesantis, Reluiront les oaristys De la gouttière. Comme chaque nuit, je croirai La voir, qui froide a déchiré Ma vie entière.
Et ton cauchemar sur les toits Te dira l’horreur d’être trois Dans une idylle. Je subirai les yeux railleurs De son faux cousin, et ses pleurs De crocodile.
Si tu t’éveilles en sursaut Griffé, mordu, tombant du haut Du toit, moi-même Je mourrai sous le coup félon D’une épée au bout du bras long Du fat qu’elle aime.
Puis, hors du lit, au matin gris, Nous chercherons, toi, des souris Moi, des liquides Qui nous fassent oublier tout, Car, au fond, l’homme et le matou Sont bien stupides.