Le locuteur revient par la mémoire, comme après une longue absence, vers le jardin clos de son enfance. Au début, ce retour paraît tout en douceur : des soirs d’avril anciens, des sœurs en robes blanches qui dansent et chantent sous les tonnelles, une guitare qui s’échappe d’une villa. Les images ont la légèreté d’une villanelle, d’un menuet. Pourtant, cette douceur se renverse vite. Le jardin est muet et scellé, les joies franches ont fui, les fleurs sont fanées. La musique et la danse ne sont plus que des échos assourdis. Revenu au présent, le locuteur se sent névrosé, vieilli, froissé par l’existence, sans armes contre la tristesse. Sa jeunesse ne surnage plus dans l’oubli que sous forme de charme et de larmes : belle, mais à jamais perdue. De ce contraste naît un climat de nostalgie mélancolique, où le souvenir embellit le passé pour mieux en faire sentir la ruine.
Le Jardin d'antan — Résumé
Rien n’est plus doux aussi que de s’en revenir Comme après de longs ans d’absence, Que de s’en revenir Par le chemin du souvenir Fleuri de lys d’innocence, Au jardin de l’Enfance.
Au jardin clos, scellé, dans le jardin muet D’où s’enfuirent les gaietés franches, Notre jardin muet Et la danse du menuet Qu’autrefois menaient sous branches Nos sœurs en robes blanches.
Aux soirs d’Avrils anciens, jetant des cris joyeux Entremêlés de ritournelles, Avec des lieds joyeux Elles passaient, la gloire aux yeux, Sous le frisson des tonnelles, Comme en les villanelles.
Cependant que venaient, du fond de la villa, Des accords de guitare ancienne, De la vieille villa, Et qui faisaient deviner là Près d’une obscure persienne, Quelque musicienne.
Mais rien n’est plus amer que de penser aussi À tant de choses ruinées ! Ah ! de penser aussi, Lorsque nous revenons ainsi Par des sentes de fleurs fanées, À nos jeunes années.
Lorsque nous nous sentons névrosés et vieillis, Froissés, maltraités et sans armes, Moroses et vieillis, Et que, surnageant aux oublis, S’éternise avec ses charmes Notre jeunesse en larmes !