L’interrogation initiale, « Où sont nos amoureuses ? », donne d’emblée au poème son double mouvement : une plainte et une réponse. Nerval ne laisse pas longtemps planer le doute. Les amoureuses sont au tombeau, mais ce constat funèbre est aussitôt renversé : elles y sont « plus heureuses », dans « un séjour plus beau ». La mort n’est donc pas une fin, mais un passage vers une autre clarté.
La construction en quatre quatrains, avec des rimes croisées, soutient ce renversement. Les vers brefs, presque chantés, installent une forme de litanie. L’anaphore « Elles sont » traverse la première moitié du poème et transforme la douleur en certitude : les disparues ne sont pas anéanties, elles sont déplacées, élevées. Le rythme répétitif imite une berceuse ou une prière, comme si la parole poétique devait apprivoiser l’absence. Les rimes unissent des termes opposés : « tombeau » appelle « beau », « monde » prépare « cieux ». La rime n’est pas seulement musicale, elle dit déjà la métamorphose.
Le lexique se partage entre l’ombre et la lumière, la terre et le ciel. D’un côté, le « tombeau », la douleur qui « flétrit », les « flambeaux éteints du monde » ; de l’autre, les « anges », le « ciel bleu », les « louanges », l’« éternité profonde ». Les amoureuses sont devenues un chœur céleste chantant les louanges de la mère de Dieu. Cette imagerie chrétienne donne à la perte amoureuse une dimension sacrée. Les figures féminines évoquées au troisième quatrain — la « blanche fiancée », la « jeune vierge en fleur », l’« amante délaissée » — apparaissent comme les visages successifs de l’amour : la promesse, la pureté, l’abandon. Elles sont toutes marquées par la fragilité, et pourtant le poème ne les fige pas dans cette fragilité.
Le mot « flétrit » est central : il dit la morsure du chagrin sur ce qui était en fleur. Mais l’image végétale ne domine pas seule. Les regards des disparues portaient déjà « l’éternité profonde » qui « souriait » dans leurs yeux. La mort n’a donc rien interrompu, elle a seulement révélé une lumière qui existait avant elle. La fin le confirme avec force : « Flambeaux éteints du monde, / Rallumez-vous aux cieux ! » Ce n’est plus une lamentation, mais un appel impératif, presque triomphal. Les flambeaux ne sont pas détruits, ils attendent d’être rallumés ailleurs. La métaphore de la flamme transforme les amoureuses en étoiles ou en âmes rayonnantes, et le poème se clôt sur une invitation à la renaissance.
La signification de ce poème tient à sa manière de tenir ensemble le deuil et l’espoir. La souffrance n’est pas niée : l’amante est bien « délaissée », la douleur est réelle. Mais elle est traversée par une vision qui élève l’amour au-dessus du tombeau. Le titre, « Les Cydalises », par sa sonorité rare et presque secrète, fait de ces figures féminines des êtres intimes et lointains à la fois, comme des muses du souvenir. Nerval ne raconte pas une histoire ; il condense en quelques vers une consolation. La brièveté est essentielle : tout se dit dans un élan, dans une sorte de chant funèbre devenu cantique. C’est ce passage de l’ombre à la lumière, de la plainte à l’impératif, qui donne au poème sa force singulière.