Dans les hauteurs des Cordillères, un condor immense observe silencieusement l’Amérique, l’espace et un soleil mourant. La nuit monte de l’est, recouvre les pampas, le Chili, la mer Pacifique, puis atteint le pic où l’oiseau se tient seul, comme un spectre baigné d’une lueur rouge sur la neige. Au lieu de fuir cette obscurité, il l’attend et se laisse submerger par elle.
Quand la Croix du Sud apparaît dans le ciel, le condor ressent un plaisir intense : il se dresse, frappe la neige des Andes, pousse un cri rauque et s’élève au-dessus du vent. Il quitte le monde terrestre et va dormir dans l’air glacé, ailes déployées. Une atmosphère à la fois grandiose et froide se dégage, mêlant solitude, puissance et une sorte d’ivresse devant la nuit cosmique.