Une voix pleine de dégoût s’adresse à la foule. Elle se compare à un animal meurtri, enchaîné, couvert de poussière, qu’on exhiberait en plein soleil ; mais elle refuse de promener son « cœur ensanglanté » sur le pavé d’une plèbe avide de spectacles. Ceux qui acceptent de déchirer leur pudeur et leur volupté pour mendier un rire ou une pitié grossière sont renvoyés avec mépris. Le ton devient plus solennel : mieux vaut disparaître dans une « tombe sans gloire » que de vendre son ivresse ou sa douleur. L’image finale du tréteau, des histrions et des prostituées rend le refus très concret : exposer sa vie intime, ce serait se prostituer. On ressent une fierté blessée, un dégoût hautain et un besoin farouche de solitude.
Les Montreurs — Résumé
Tel qu’un morne animal, meurtri, plein de poussière, La chaîne au cou, hurlant au chaud soleil d’été, Promène qui voudra son cœur ensanglanté Sur ton pavé cynique, ô plèbe carnassière !
Pour mettre un feu stérile en ton œil hébété, Pour mendier ton rire ou ta pitié grossière, Déchire qui voudra la robe de lumière De la pudeur divine et de la volupté.
Dans mon orgueil muet, dans ma tombe sans gloire, Dussé-je m’engloutir pour l’éternité noire, Je ne te vendrai pas mon ivresse ou mon mal,
Je ne livrerai pas ma vie à tes huées, Je ne danserai pas sur ton tréteau banal Avec tes histrions et tes prostituées.