Sous un soleil de plomb, Leconte de Lisle dépeint un paysage figé : la plaine brûle sans un souffle, la source est tarie, la forêt lointaine dort, et seuls les blés mûrs ondulent comme une mer d’or. Tout dégage une majesté pesante, presque hostile, où la vie semble suspendue. Puis le poète s’adresse directement à l’homme. S’il arrive le cœur agité de joie ou d’amertume, il doit fuir : ici, rien n’est vivant, triste ou joyeux. En revanche, celui qui est las des larmes et du rire, qui cherche l’oubli, est invité à venir se fondre dans cette lumière. Le soleil y parle un langage sublime et anéantit. Le poème crée une atmosphère de brûlure immobile, traversée d’une tentation de néant calme et souverain.
Midi — Résumé
Midi, roi des étés, épandu sur la plaine, Tombe en nappes d’argent des hauteurs du ciel bleu. Tout se tait. L’air flamboie et brûle sans haleine ; La terre est assoupie en sa robe de feu.
L’étendue est immense et les champs n’ont point d’ombre, Et la source est tarie où buvaient les troupeaux ; La lointaine forêt, dont la lisière est sombre, Dort là-bas, immobile, en un pesant repos.
Seuls, les grands blés mûris, tels qu’une mer dorée, Se déroulent au loin, dédaigneux du sommeil ; Pacifiques enfants de la terre sacrée, Ils épuisent sans peur la coupe du soleil.
Parfois, comme un soupir de leur âme brûlante, Du sein des épis lourds qui murmurent entre eux, Une ondulation majestueuse et lente S’éveille, et va mourir à l’horizon poudreux.
Non loin, quelques bœufs blancs, couchés parmi les herbes, Bavent avec lenteur sur leurs fanons épais, Et suivent de leurs yeux languissants et superbes Le songe intérieur qu’ils n’achèvent jamais.
Homme, si, le cœur plein de joie ou d’amertume, Tu passais vers midi dans les champs radieux, Fuis ! la nature est vide et le soleil consume : Rien n’est vivant ici, rien n’est triste ou joyeux.
Mais si, désabusé des larmes et du rire, Altéré de l’oubli de ce monde agité, Tu veux, ne sachant plus pardonner ou maudire, Goûter une suprême et morne volupté,
Viens ! Le soleil te parle en paroles sublimes ; Dans sa flamme implacable absorbe-toi sans fin ; Et retourne à pas lents vers les cités infimes, Le cœur trempé sept fois dans le néant divin.