Le locuteur s’adresse à une abeille blonde, à la fois fine et mortelle. Il dit n’avoir déposé sur sa « tendre corbeille » qu’un fragile « songe de dentelle », comme si sa vie intérieure n’était qu’une broderie légère, trop délicate pour s’imposer. Puis il demande à l’abeille de piquer le sein — la « gourde belle » sur laquelle l’Amour meurt ou sommeille. Il veut qu’un peu de lui-même, un rouge vivant, touche cette chair ronde et rebelle. Ce qu’il réclame n’est pas une douleur vague, mais un tourment prompt et net : un mal vif et bien terminé vaut mieux qu’une souffrance engourdie. La piqûre devient alors une « infime alerte d’or », une étincelle qui illumine les sens et empêche l’amour de retomber dans le sommeil. L’atmosphère mêle langueur, sensualité et tension, comme si seul un choc léger et coupant pouvait ranimer le désir.
L'Abeille — Résumé
Quelle, et si fine, et si mortelle, Que soit ta pointe, blonde abeille, Je n’ai, sur ma tendre corbeille, Jeté qu’un songe de dentelle.
Pique du sein la gourde belle, Sur qui l’Amour meurt ou sommeille, Qu’un peu de moi-même vermeille Vienne à la chair ronde et rebelle !
J’ai grand besoin d’un prompt tourment : Un mal vif et bien terminé Vaut mieux qu’un supplice dormant !
Soit donc mon sens illuminé Par cette infime alerte d’or Sans qui l’Amour meurt ou s’endort !