Le Vin perdu — Résumé

Paul ValéryContemplative

J’ai, quelque jour, dans l’Océan, (Mais je ne sais plus sous quels cieux), Jeté, comme offrande au néant, Tout un peu de vin précieux…

Qui voulut ta perte, ô liqueur ? J’obéis peut-être au devin ? Peut-être au souci de mon cœur, Songeant au sang, versant le vin,

Sa transparence accoutumée Après une rose fumée Reprit aussi pure la mer…

Perdu ce vin, ivres les ondes !… J’ai vu bondir dans l’air amer Les figures les plus profondes…

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Un souvenir flou, presque rituel : quelqu’un a un jour versé du vin précieux dans l’Océan, sans même se rappeler sous quel ciel. Le geste ressemble à une offrande au néant, et le locuteur s’interroge encore sur ce qui l’a poussé à le faire — une prophétie, une inquiétude intime, le sang auquel on pense en versant le vin. Il ne reste ni culpabilité ni regret, mais une sorte d’étrange sérénité : la mer, un instant troublée d’une fumée rose, redevient transparente. La perte est acceptée, presque désirée. Ce vin perdu enivre les vagues, et dans l’air amer montent des formes profondes, comme si le sacrifice ouvrait un espace de vision. L’atmosphère est à la fois marine, mélancolique et légèrement mystique ; on y sent le vertige d’une disparition qui révèle autre chose.

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