Valéry regarde des grenades dont l’écorce a cédé sous la pression des grains. Il y voit des fronts souverains qui éclatent sous le poids d’une découverte : le fruit trop plein devient l’image d’un esprit qui se révèle en se brisant. Les soleils subis ont travaillé l’orgueil du fruit, jusqu’à faire craquer ses cloisons de rubis, et l’or sec de l’écorce crève en gemmes rouges de jus. Cette rupture lumineuse ramène le poète vers une âme qu’il a eue, dont il rêve la secrète architecture. Le ton est sensuel et méditatif, entre admiration pour la force du mûrissement et nostalgie d’une plénitude intérieure. L’éclat du fruit ouvre ainsi une réflexion sur la connaissance et sur une identité passée.
Les Grenades — Résumé
Dures grenades entr’ouvertes Cédant à l’excès de vos grains, Je crois voir des fronts souverains Éclatés de leurs découvertes !
Si les soleils par vous subis, Ô grenades entre-bâillées Vous ont fait d’orgueil travaillées Craquer les cloisons de rubis,
Et que si l’or sec de l’écorce À la demande d’une force Crève en gemmes rouges de jus,
Cette lumineuse rupture Fait rêver une âme que j’eus De sa secrète architecture.