Une présence s’approche du veilleur, à pas lents, sacrés, retenus. Le poète ne nomme presque pas cette figure : il capte seulement des pas — un bruit léger, une ombre divine, une personne pure. L’attente amoureuse est ici une veille : le lit devient « de vigilance », et chaque pas semble nourrir celui qui guette. Ces pieds nus apportent tous les dons imaginés, comme une promesse.
Le climat est suspendu, entre désir et pudeur. L’être attendu est à la fois réel et intérieur, « enfant de mon silence ». Le locuteur demande de ne pas hâter le baiser, car la douceur tient à ce moment où la présence est sur le point d’être, sans l’être tout à fait. Il a vécu d’attendre ; son cœur n’était que ces pas. L’émotion naît moins de la rencontre que du frôlement, de l’imminence.