Une fête galante prend vie sous nos yeux : des jeunes gens en veste de soie donnent des sérénades à de belles écouteuses en robes longues, tandis qu’une mandoline accompagne leurs échanges. Les noms de Tircis, Aminte, Clitandre et Damis donnent à la scène un air de tableau ancien, un peu artificiel. Les propos sont « fades », les gestes élégants et légers ; tout semble flotter dans une atmosphère de rêve. Le locuteur ne raconte pas une passion vive : il contemple cette scène avec une tendresse distante, amusée peut-être, et en retient surtout la grâce. La lune rose et grise, les ombres bleues, les frissons de brise créent une impression de douceur fragile, presque musicale. Verlaine peint moins une histoire qu’une sensation : le charme mélancolique d’un instant suspendu.
Mandoline — Résumé
Les donneurs de sérénades Et les belles écouteuses Échangent des propos fades Sous les ramures chanteuses.
C’est Tircis et c’est Aminte, Et c’est l’éternel Clitandre, Et c’est Damis qui pour mainte Cruelle fait maint vers tendre.
Leurs courtes vestes de soie, Leurs longues robes à queues, Leur élégance, leur joie Et leurs molles ombres bleues
Tourbillonnent dans l’extase D’une lune rose et grise, Et la mandoline jase Parmi les frissons de brise.