La voix du poème se souvient d’un moment étrange, entre mélancolie et émerveillement. La lune paraît triste, des séraphins en pleurs tirent de leurs violes des sanglots blancs : tout ce décor vaporeux accompagne le souvenir du premier baiser. Cette joie reste teintée d’une douce tristesse, comme si cueillir un rêve laissait au cœur une empreinte nostalgique. Puis, dans la rue, au soir, la femme aimée apparaît en riant, du soleil dans les cheveux. Le regard amoureux la transforme en fée : elle ressemble à celle qui traversait autrefois les sommeils d’enfant, laissant neiger des bouquets d’étoiles parfumées. Le poème fait ainsi cohabiter la scène réelle et la vision intérieure, pour dire la puissance d’une apparition amoureuse.
Apparition — Résumé
La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs Vaporeuses, tiraient de mourantes violes De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles — C’était le jour béni de ton premier baiser. Ma songerie aimant à me martyriser S’enivrait savamment du parfum de tristesse Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d’un Rêve au cœur qui l’a cueilli. J’errais donc, l’œil rivé sur le pavé vieilli Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue Et dans le soir, tu m’es en riant apparue Et j’ai cru voir la fée au chapeau de clarté Qui jadis sur mes beaux sommeils d’enfant gâté Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées Neiger de blancs bouquets d’étoiles parfumées.