Le poète s’adresse à l’être aimé et rappelle des moments d’intimité profonde : une coupe partagée, son front posé dans des mains accueillantes, le parfum d’une âme, des mots mystérieux, des larmes et des sourires échangés. Il évoque aussi une lumière voilée, comme un astre, et une feuille de rose tombée dans sa vie. Ces souvenirs précieux lui donnent une certitude intérieure. Il peut alors s’adresser aux années et les défier : elles peuvent passer, elles n’ont plus de prise sur lui. Il ne craint plus de vieillir, car il garde en lui une fleur que personne ne peut cueillir. Son vase intérieur reste plein malgré les chocs du temps. Le ton n’est pas celui du regret, mais d’une victoire sereine : l’amour vécu devient une plénitude plus forte que l’oubli et la fuite des jours.
Puisque j’ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine — Résumé
Puisque j’ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine ; Puisque j’ai dans tes mains posé mon front pâli ; Puisque j’ai respiré parfois la douce haleine De ton âme, parfum dans l’ombre enseveli ;
Puisqu’il me fut donné de t’entendre me dire Les mots où se répand le cœur mystérieux ; Puisque j’ai vu pleurer, puisque j’ai vu sourire Ta bouche sur ma bouche et tes yeux sur mes yeux ;
Puisque j’ai vu briller sur ma tête ravie Un rayon de ton astre, hélas ! voilé toujours ; Puisque j’ai vu tomber dans l’onde de ma vie Une feuille de rose arrachée à tes jours ;
Je puis maintenant dire aux rapides années :
Passez ! Passez toujours ! je n’ai plus à vieillir ;
Allez-vous-en avec vos fleurs toutes fanées ;
J’ai dans l’âme une fleur que nul ne peut cueillir !
Votre aile en le heurtant ne fera rien répandre Du vase où je m’abreuve et que j’ai bien rempli. Mon âme a plus de feu que vous n’avez de cendre ! Mon cœur a plus d’amour que vous n’avez d’oubli !