Poems on the topic: amour

Poems on the topic “amour” on Poets.by.

SadSully Prudhomme

Soupir

Ne jamais la voir ni l’entendre, Ne jamais tout haut la nommer, Mais, fidèle, toujours l’attendre, Toujours l’aimer. Ouvrir les bras et, las d’attendre, Sur le néant les refermer, Mais encor, toujours les lui tendre, Toujours l’aimer. Ah ! Ne pouvoir que les lui tendre, Et dans les pleurs se consumer, Mais ces pleurs toujours les répandre, Toujours l’aimer. Ne jamais la voir ni l’entendre, Ne jamais tout haut la nommer, Mais d’un amour toujours plus tendre Toujours l’aimer.
RomanticSully Prudhomme

Prière

Ah ! Si vous saviez comme on pleure De vivre seul et sans foyers, Quelquefois devant ma demeure Vous passeriez. Si vous saviez ce que fait naître Dans l’âme triste un pur regard, Vous regarderiez ma fenêtre Comme au hasard. Si vous saviez quel baume apporte Au cœur la présence d’un cœur, Vous vous assoiriez sous ma porte Comme une sœur. Si vous saviez que je vous aime, Surtout si vous saviez comment, Vous entreriez peut-être même Tout simplement.
RomanticRosemonde Gérard

L’Éternelle Chanson

Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille, Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs, Au mois de mai, dans le jardin qui s’ensoleille, Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants. Comme le renouveau mettra nos cœurs en fête, Nous nous croirons encor de jeunes amoureux ; Et je te sourirai, tout en branlant la tête, Et nous ferons un couple adorable de vieux. Nous nous regarderons, assis sous notre treille, Avec de petits yeux attendris et brillants, Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille, Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs. Sur notre banc ami, tout verdâtre de mousse, Sur le banc d’autrefois nous reviendrons causer.
DreamyPaul Verlaine

Mon rêve familier

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime, Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend. Car elle me comprend, et mon cœur, transparent Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême, Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant. Est-elle brune, blonde ou rousse ? — Je l’ignore. Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore Comme ceux des aimés que la Vie exila. Son regard est pareil au regard des statues, Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a L’inflexion des voix chères qui se sont tues.
RomanticPaul Verlaine

En sourdine

Calmes dans le demi-jour Que les branches hautes font, Pénétrons bien notre amour De ce silence profond. Fondons nos âmes, nos cœurs Et nos sens extasiés, Parmi les vagues langueurs Des pins et des arbousiers. Ferme tes yeux à demi, Croise tes bras sur ton sein, Et de ton cœur endormi Chasse à jamais tout dessein. Laissons-nous persuader Au souffle berceur et doux Qui vient à tes pieds rider Les ondes de gazon roux.
SadPaul Verlaine

Colloque sentimental

Dans le vieux parc solitaire et glacé Deux formes ont tout à l’heure passé. Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles, Et l’on entend à peine leurs paroles. Dans le vieux parc solitaire et glacé Deux spectres ont évoqué le passé. — Te souvient-il de notre extase ancienne ? — Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne ? — Ton cœur bat-il toujours à mon seul nom ? Toujours vois-tu mon âme en rêve ? — Non. — Ah ! les beaux jours de bonheur indicible Où nous joignions nos bouches ! — C’est possible. Qu’il était bleu, le ciel, et grand l’espoir ! — L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir. Tels ils marchaient dans les avoines folles, Et la nuit seule entendit leurs paroles.
RomanticPaul Verlaine

À Clymène

Mystiques barcarolles, Romances sans paroles, Chère puisque tes yeux. Couleur des cieux, Puisque ta voix, étrange Vision qui dérange Et trouble l’horizon De ma raison, Puisque l’arôme insigne De ta pâleur de cygne Et puisque la candeur De ton odeur. Ah ! puisque tout ton être, Musique qui pénètre, Nimbes d’anges défunts, Tons et parfums,
RomanticPaul Valéry

Le Bois amical

Nous avons pensé des choses pures Côte à côte, le long des chemins, Nous nous sommes tenus par les mains Sans dire… parmi les fleurs obscures ; Nous marchions comme des fiancés Seuls, dans la nuit verte des prairies ; Nous partagions ce fruit de féeries La lune, amicale aux insensés. Et puis, nous sommes morts sur la mousse, Très loin, tout seuls, parmi l’ombre douce De ce bois intime et murmurant. Et là-haut, dans la lumière immense, Nous nous sommes trouvés en pleurant O mon cher compagnon de silence !
RomanticPaul Éluard

La courbe de tes yeux

La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur, Un rond de danse et de douceur, Auréole du temps, berceau nocturne et sûr, Et si je ne sais plus tout ce que j’ai vécu C’est que tes yeux ne m’ont pas toujours vu. Feuilles de jour et mousse de rosée, Roseaux du vent, sourires parfumés, Ailes couvrant le monde de lumière, Bateaux chargés du ciel et de la mer, Chasseurs des bruits et sources des couleurs Parfums éclos d’une couvée d’aurores Qui gît toujours sur la paille des astres, Comme le jour dépend de l’innocence Le monde entier dépend de tes yeux purs Et tout mon sang coule dans leurs regards.
RomanticPaul Éluard

Celle de toujours, toute

Si je vous dis : « j’ai tout abandonné » C’est qu’elle n’est pas celle de mon corps, Je ne m’en suis jamais vanté, Ce n’est pas vrai Et la brume de fond où je me meus Ne sait jamais si j’ai passé. L’éventail de sa bouche, le reflet de ses yeux, Je suis le seul à en parler, Je suis le seul qui soit cerné Par ce miroir si nul où l’air circule à travers moi Et l’air a un visage, un visage aimé, Un visage aimant, ton visage, À toi qui n’as pas de nom et que les autres ignorent, La mer te dit : sur moi, le ciel te dit : sur moi, Les astres te devinent, les nuages t’imaginent Et le sang répandu aux meilleurs moments,
SadMarceline Desbordes-Valmore

Souvenir

Quand il pâlit un soir, et que sa voix tremblante S’éteignit tout à coup dans un mot commencé ; Quand ses yeux, soulevant leur paupière brûlante, Me blessèrent d’un mal dont je le crus blessé ; Quand ses traits plus touchants, éclairés d’une flamme Qui ne s’éteint jamais, S’imprimèrent vivants dans le fond de mon âme, Il n’aimait pas : j’aimais !
SadMarceline Desbordes-Valmore

Qu'en avez-vous fait ?

Vous aviez mon cœur, Moi, j’avais le vôtre : Un cœur pour un cœur ; Bonheur pour bonheur ! Le vôtre est rendu, Je n’en ai plus d’autre ; Le vôtre est rendu, Le mien est perdu ! La feuille et la fleur Et le fruit lui-même, La feuille et la fleur, L’encens, la couleur : Qu’en avez-vous fait, Mon maître suprême ? Qu’en avez-vous fait, De ce doux bienfait ?

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