Une définition limpide de l’amour ouvre ces vers : se voir le plus possible, s’aimer sans ruse, sans mensonge ni honte, et faire de ce sentiment un présent durable plutôt qu’un rêve. Cet amour suppose une confiance totale, où chacun respecte la pensée de l’autre et respire librement. Cette façon d’aimer est attribuée à Laure, figure lumineuse dont l’amant chantait la beauté. Le ton est d’abord paisible, presque respirant. Puis le locuteur s’adresse à une femme à la « tête en fleurs » qui lui a rappelé cet idéal. Il se présente au contraire comme un « vieil enfant du doute et du blasphème », marqué par l’incertitude. La fin ne rejette pas l’idéal, mais le confronte à la vie réelle : on vit autrement, mais c’est bien ainsi qu’on aime. Une mélancolie douce en naît, entre tendresse pour la pureté et lucidité désabusée. Le « oui » final n’est pas un renoncement : il réserve à l’amour une pureté que la vie quotidienne, elle, ne peut pas toujours tenir.
Se voir le plus possible et s’aimer seulement — Résumé
Se voir le plus possible et s’aimer seulement, Sans ruse et sans détours, sans honte ni mensonge, Sans qu’un désir nous trompe, ou qu’un remords nous ronge, Vivre à deux et donner son cœur à tout moment ;
Respecter sa pensée aussi loin qu’on y plonge, Faire de son amour un jour au lieu d’un songe, Et dans cette clarté respirer librement, — Ainsi respirait Laure et chantait son amant.
Vous dont chaque pas touche à la grâce suprême, C’est vous, la tête en fleurs, qu’on croirait sans souci, C’est vous qui me disiez qu’il faut aimer ainsi.
Et c’est moi, vieil enfant du doute et du blasphème, Qui vous écoute, et pense, et vous réponds ceci : Oui, l’on vit autrement, mais c’est ainsi qu’on aime.